La Fashion Week de Barcelone
Très attendu, le défilé de José Castro à la fashion week de Barcelone le 11 juillet 2007. ©D.R.
Si Madrid préfère une mode institutionnelle et classique, Barcelone a choisi de soutenir la jeune création espagnole. Pour cette édition zéro de la « 080 Barcelona fashion is everywhere » (080 est le code postal de la ville), journalistes et acheteurs internationaux ont fait le voyage pour assister à ce nouvel élan. Celui-ci est porté par l’organisation toute neuve mise en place sous le management de DEMOFashion (Vicenç Mustaros, Helena Pérez et Sarah Boeykens) avec le soutien de la ville de Barcelone. L’Espagne conserve aujourd’hui son importance traditionnelle dans le secteur de l’industrie textile. Le but de cette nouvelle formule est d'offrir à la Barcelona Fashionweek un impact international. Ce rendez-vous est appelé à devenir bi-annuel avec des sessions en février et septembre.
Pendant trois jours, du 9 au 11 juillet, les shows se sont enchaînés dans la sérénité. Au même moment, un showroom commercial se tenait à l’hôtel España. Woody Allen était en tournage sur la Rambla mais toute l'attention s'est portée sur les designers indépendants. C’est au musée maritime que la jeunesse espagnole a présenté ses collections été 2008. Parmi eux, le très attendu José Castro, les futuristes Roberto Piqueras et Miriam Ponsa, l'invité grec, Yiorgos Eleftheriades, le subversif Boris Bidjan Saberi... Au-delà de ces shows, toute la capitale de la Catalogne est immergée dans la mode. Dans les rues, l’exposition temporaire, « Crossing » affiche en des lieux insolites des photos de backstages de différentes fashion weeks internationales. En vitrine de boutiques, sur les façades catalanes et sur des panneaux, ces images balisent un parcours photographique, plongeon au cœur des dix dernières années. Parallèlement, « Fashion Show » a investi le Museu Tèxtil i d’Indumentaria : après Paris, cette exposition s’adapte aux dimensions réduites du lieu. On y retrouve les moments forts de l'histoire de la mode par touches réminiscentes. Le summum de cette semaine de la mode à Barcelone a été atteint hier soir avec un défilé rétrospectif Thierry Mugler présenté à la piscine olympique. Julie de los Rios. (courtesy www.vogue.fr)
Teresa Helbig a ouvert le bal. Sous une lumière jaune, la collection féminine de la créatrice propose des looks quotidiens inspirés de Capri dans les années 70. Combinaison-short et robes en crochet, volants, tailleurs en tweed d'été, tops plissés, taffetas lilas ou dentelle métalisée, longues robes vaporeuses en mousseline constituent la garde-robe ultra-féminine de cette épouse décidée à ruiner son riche mari.
La créatrice Txell Miras (qui dessine pour Neil Barett depuis 2003) donne une tonalité grave à sa collection. Les modèles déambulent sur le podium de verre posé sur des livres anciens dans une bichromie en noir et blanc. Queue de cheval et sourcils marqués au crayon noir, le jeu des superpositions et des découpes peut commencer. Tout prend un sens différent. Chemises, vestes ou tops se portent en guise de jupes ou pantalons, les bretelles dansent au rythme des pas sur les cuisses de mannequins. La coupe est sûre.
Josep Abril. Le toit feuillage dessine des ombres sur le podium. Coiffure saut du lit, l'homme Josep April semble ne jamais quitter sa chambre, sans jamais y être vraiment. La palette en jaune, violet, vert, blanc et noir colorie des costumes
vestes et pantalons slims. Les bermudas refermés sur l'arrière entravent la démarche, les pantalons en coton type pyjama s'assortissent de vestes chic. Le gilet, très présent sur les défilés, s'orne de bretelles violettes dans le dos.
Boris Bidjan Saberi n'a pas réussi à convaincre avec ses looks néo grunge rock. Un jeu de séduction peut être un peu facile pour emporter l'adhésion. Le créateur enveloppe les silhouettes masculines dans de la résille noire. Seul le cuir des boots, des pantalons ou des bermudas vient opacifier les silhouettes en transparence noire.
Le très attendu Yiorgos Elephteriades, invité grec de la fashion week, invente le néo-urbanisme. L'accueil des silhouettes futuristes est mitigé. Capelines pour les femmes et casquettes longues visières pour les hommes, dans un plastique aérien, ces "space cowboys" avancent les yeux masqués de maquillage noir. Le torse est quadrillé de lanières et harnais type ceinture de sécurité. Pour les femmes, des looks de working-girls revus au futur. Robes argentés, tailleurs gris à rayures, manteaux d'été, larges ceintures taille haute, talons compensés, slims chair seconde peau... toutes les pièces de la garde-robe classique prennent de nouvelles dimensions.
Juan Pedro a pris pour emblème de sa collection l'éléphant. Ganesh se pare de sequins à la taille d'une robe vaporeuse en mousseline de soie bleue ou d'un maillot de bain noir et surgit sous forme de sac au bras des modèles. La collection, à mi-chemin entre l'Inde et le Maroc, cache ses secrets dans les mini coffres forts sacs à main. Les visages sont enrubannés dans des turbans et le satin de soie se transforme en sarouels ou sahariennes.
La tendance futuriste s'affirme avec la collection de Miriam Ponsa. La créatrice plonge les corps dans du caoutchouc. Les créatures apparaissent, les cheveux huilés et la peau luisante. Les jupes et les tops se construisent dans du latex visqueux. La signature de la marque est un cœur de caoutchouc qui s'applique sur le coton des tops et dans le latex taché des robes, culottes et jupes. La créatrice accumule et superpose : un tablier de plastique s'appose sur un top et une jupe en coton.
Roberto Piqueras s'est fait plaisir en créant son super héros. Cape en plastique translucide imprimé de blocs Tetris ou longs sweats à capuches se confrontent à des leggings en coton rouge, jaune ou blanc. Pour les accessoires, l'homme de Roberto Piqueras choisit des lunettes spatiales, des sacs formés de cubes multicolores et les tennis Spring Court, revues en cuir noir et violet, en toile blanche et jaune fluo.
Le show de José Castro, « Noitulove » sans doute le plus attendu, nous plonge dans un univers monochrome. L'été 2008 est rose. Rose shocking ou rose bonbon, pâle et pailleté, la demoiselle d'honneur de José Castro aime la démesure. En quatre semaines, il a créé des silhouettes riches en tissus. Soie, lin, cuir fin enfantent des fleurs en 3D appliquées sur des robes courtes ou longues, par paquets ou par touche. Fierté auprès des espagnols. Le dernier passage est blanc, la mariée se montre enfin. Sourire aux lèvres et les bras chargés de fleurs, José Castro est venu parader jusqu'au bout du podium.
Textes: J.DLR./Vogue ' Photos : ©Etienne Tordoir/Catwalkpictures
et encore un grand merci à Julie de los Rios!






















