Lee Bul à la Fondation Cartier
Sternbau 4, 2007. Perles en cristal, verre et acrylique sur fil de nickel-chrome, armature en acier inoxydable et aluminium. Lehmann Maupin Gallery, View of the exhibition Lee Bul, On Every New Shadow . Photo: Patrick Gries. © Lee Bul. © Fondation Cartier pour l’art contemporain
PARIS, FRANCE.-Lee Bul, one of the leading Korean artists of her generation, presents an ambitious new sculptural installation at the Fondation Cartier pour l’art contemporain in Paris. Variously suspended in mid-air or anchored to the floor, the sculptures constitute a singular environment that engages with the surrounding Jean Nouvel architecture, inhabiting and elaborating on its physical and conceptual frameworks. Complex and sensuous, the artist’s installation manifests the disintegration of utopian aspirations that continue to haunt the collective imagination in a darkly seductive space of glittering ruins and vestiges.
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Vue de l'expostion de Lee Bul, On Every New Shadow, 2007. © Fondation Cartier pour l’art contemporain
Pour sa première expo personnelle en France, Every New Shadow à la Fondation Cartier, l’artiste coréenne Lee Bul trouve dans la construction de Jean Nouvel un reflet extraordinaire. Les thèmes de l’humain et des utopies, qui étaient déjà le centre de ses Cyborgs, s’infiltrent et se greffent sur douze sculptures d’une extrême finesse de pensée et de réalisation.
Il y a d’abord ce lieu magnifique, l’immeuble de la Fondation Cartier imaginé par l’architecte Jean Nouvel : un lieu en trompe-l’œil confondant intérieur et extérieur. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Lee Bul y expose ses installations enchanteresses : ses sculptures de cristal, de verre et d’aluminium s’inscrivent dans le prolongement matériel et conceptuel de Jean Nouvel. Les matériaux employés par l’artiste renvoient à ceux du bâtiment, dans une mise en abîme du reflet et de la transparence.
On rentre ici comme dans un conte, le regard à la fois perdu et émerveillé, ébloui par tant de lumière et de scintillements. Enracinées dans le sol ou suspendues dans les airs, les douze sculptures impressionnantes de Lee Bul se jouent de l’attraction et de l’espace. L’œil glisse sur le parterre de miroirs à la rencontre d’un reflet et découvre une première sculpture After Bruno Taut (A formal feelings comes) : des entrelacements de dentelle d’acier, de tulle de fer et de perles de verre et de cristal. Deux sculptures rendent hommage à l’architecte allemand Bruno Taut et à ses projets fantasmagoriques qui suivent ce même principe « massifs et pourtant légers ». Le foisonnement de brillants terrifie la rétine. La conscience s’oublie dans les détails qu’elle ne peut appréhender.
Dans l'ombre de l'Histoire
Dès lors la déambulation dans cet espace décuplé à l’infini hypnotise jusqu’à créer des déséquilibres. C’est justement cela : une fois la subjugation dépassée, les utopies remises à leur place et le regard dégrossi, ces sculptures deviennent presque inquiétantes. L’environnement n’est plus féerique, mais chaotique. L’étrange rocher noir, qu’on apercevait au loin, se révèle être un Bunker. L’énorme morceau de cristal planté dans le sol renferme secrètement un corps d’homme, celui du dictateur sud-coréen Park Chung-hee. Bien pire en matière d’angoisse, du fait du décalage en même temps que de la proximité, cet homme arbore une paire de lunettes de soleil. Ou plus loin, posée sur un carrelage décrépi, une baignoire remplie d’une eau noire. Finalement, on ne sait pas vraiment ce qui règne ici. Des souvenirs, des rêves d’enfants, des peurs ? L’humain est au centre, démultiplié par les miroirs, débordé par son humanité.
Lee Bul, dessin préparatoire pour architecture de cristal (d’après Bruno Taut), 2006
L’exposition On Every New Shadow s’écrit au fur et à mesure : chaque spectateur assemble ces allégories selon sa propre sensibilité, compose ainsi son récit à partir de l’histoire que nous propose Lee Bul. Elle développe une poésie du terrible et une esthétique du chaos qui attire et rebute le spectateur. De la même façon, il se retrouve pris entre l’Histoire et l'histoire de l'artiste. Au-delà de la beauté foudroyante de ces œuvres – on serait tenté de dire « cette œuvre » -, c’est l’intelligence avec laquelle elle fait dialoguer ses pièces avec le lieu lui-même et sa manière de nous livrer son récit sans jamais nous l’imposer, qui est saisissante… Et terriblement réussie. (www.fluctuat.net)
On Every New Shadow, Jusqu'au 27 janvier 2008, A la Fondatier Cartier, Paris.



