Première moitié du XIXe siècle - Paire de fauteuils d'officiers pouvant former lits de camp en fer forgé et métal vernis
Première moitié du XIXe siècle - Paire de fauteuils d'officiers pouvant former lits de camp en fer forgé et métal vernis
Le dossier cintré, inclinable, les accoudoirs galbés. Ils reposent sur des pieds antérieurs cylindriques et des pieds postérieurs mouvementés réunis par des traverses et terminés par des roulettes. (Petites restaurations, légères variantes) - Fauteuils : Haut. 94 - larg. 67,5 - Prof. 56 cm - Lit : Haut. 29,5 - larg. 190,5 - Prof. 54 cm (intérieur) - Estimation : € 6,000-9,000
Provenance : Collection Fenwick, vente Doyle New-York,
Note : A la fin du XVIIIe siècle, le mobilier en acier et en fer poli fait l'objet d'une certaine fascination et connaît un véritable engouement, sa fabrication étant liée au mystère et à la magie de l'alchimie. Matériau noble, associé aux idées de force, de virilité et de prestige depuis l'antiquité, il est utilisé tout d'abord à la fabrication des armes.
C'est en Angleterre que l'on observe la plus grande avance technologique en la matière, grâce à l'exploitation de nombreux gisements houillers (indispensable pour obtenir la température nécessaire au raffinage du minerai de fer) et à ses méthodes de production. D'autres pays européens, tels la Russie avec la manufacture de Tula, l'Allemagne et la Suède, produisent des objets utiles et décoratifs dont une partie est exportée.
Pour palier à ces importations coûteuses, la France développe alors sa propre industrie sidérurgique en exploitant des gisements dans le Dauphiné et en Bourgogne. Si tout d'abord la production demeure utilitaire : armement, machines, éléments architectoniques ; elle s'étend progressivement aux objets décoratifs et aux meubles.
Localisé essentiellement à Paris, leur fabrication incombe aux serruriers, parmi lesquels : J.A. Courbin, Pierre Deumier, Chaille et Dessouches, en sont les principaux maîtres d'œuvre.
Le mobilier en acier et fer poli devient rapidement très à la mode, soutenu par une riche clientèle composée de la Maison Royale, du Clergé et de l'Aristocratie. Pendant la période révolutionnaire, il connaît son apogée grâce à son caractère minimaliste en rupture avec l'éclat et la richesse des bronzes doré de l'Ancien Régime.
Le lit en acier l'un des plus demandés, est considéré comme fonctionnel et pratique pour les voyages.Si la reine Marie-Antoinette commande en 1784 des lits en métal à Corbin (1), l'Empereur Napoléon 1er… en fait l'usage pendant ses campagnes (2). Dessouches, est cité (2) comme « serrurier du Garde-Meuble de S.M l'Empereur, brevet d'invention pour les lits de fer portatifs, Rue de Verneuil, 18 ».
Si le mobilier en acier et fer poli reste l'apanage des privilégiés jusqu'au début du XIXe siècle, la tendance s'inverse à partir de 1825 quand la production commence à s'industrialiser : la Manufacture Gandillot et Roy met au point la création de sièges tubulaires, Benjamin Geslin « serrurier mécanicien » se spécialise dans la fabrication de lits en fer ornés de cuivre doré (3). Passionné de mécanismes, il cherche des améliorations et parvient à toutes les positions possibles pour la commodité : « j'ai appliqué cette idée à la confection de fauteuils en fer pliants, … .qui permettent de prendre dans leur abattement, un développement tel ,qu'ils peuvent être assimilés à des lits (4)».Il obtient un brevet d'invention pour dix ans, délivré le 8mai 1838 (5).
Les deux sièges formant lits de camp que nous présentons sont sont à rapprocher de ceux qui ont figuré dans une vente à Monaco le 22 juin 1991 sous le n°131.
Deux autres fauteuils sont passés en vente à Paris le 10 décembre 1994 sous le n°156, et une paire a été vendue à l'Hôtel Drouot le 11 décembre 2006 sous le n° 157.
(1) « D'acier. L'art du mobilier et des objets en fer et acier polis », U. Leben 1995, p.117
(2) dans l'Almanach du commerce de 1812
(3) et mentionné à L 'Exposition des Produits de l'Industrie de 1834
(4) INPI, C12-001, 142-237
(5) INPI, C12-001, 142-244
Cf : « D'acier. L'art du mobilier et des objets en fer et acier polis », U. Leben, in Connaissance des Arts, n°520, septembre 1995, p.108 à 121.
Tajan. MEUBLES ET OBJETS D'ART DES 18E ET 19E SIÈCLES. 18 décembre 2007, Espace Tajan
