La mosaïque ethnique du Vietnam
Le fameux anthropologue G. Cendominas parle du grand nombre d'ethnies qui peuplent le Sud-Est asiatique (SEA) en termes imagés : "Il suffit pour s'en convaincre de regarder une carte ethnolinguistique en couleurs de cette région du monde... Elle a d'ailleurs la beauté d'un tableau abstrait ou tachiste réussi".
La variété atteint son plus haut degré dans le Nord du SEA continental, là où les frontières des États se déroulent sur les hautes montagnes aux vallées encaissées.
Le Vietnam qui relève du SEA comprend 54 groupes ethniques. Le groupe majoritaire au Vietnam est celui des Viêt ou Kinh (gens de la Capitale) qui compte 86% d'une population de 83 millions d'habitants.
La partie la plus grande, la plus peuplée et la plus fertile du pays - les deltas du fleuve Rouge et du Mékong, reliées par une chaîne de plaines côtières - constitue l'habitat des Viêt. L'homogénéité du territoire ethnique Viêt n'est troublée que par l'existence des groupes Cham (descendants de l'ancien Champa), Khmer et Chinois (migrants du Sud). Le groupe Viêt des régions basses joue un rôle beaucoup plus important que les populations des haute et moyenne régions : il a une population plus nombreuse, - la riziculture sédentarisée en terrain inondé lui donne un développement économique de pointe, le voisinage de la mer lui assure des contacts avec les cultures étrangères raffinées, chinoise, indienne, occidentale. Point n'est étonnant que la civilisation vietnamienne porte le sceau de la culture Viêt, fer de lance et agent unificateur des cultures ethniques du territoire vietnamien.
Selon la classification d'A.-G. Haudricourt, on peut distinguer au Vietnam 5 familles ethnolinguistiques : la famille austro asiatique (ou môn-khmère), la famille austronésienne (ou malayo-polynésien), la famille kadai, la famille miao-yao et la famille tibéto-birmane (Chinois et tibéto-birmans).
Les chercheurs vietnamiens adoptent parfois une classification différente : austroasiatique, austronésien, sino-tibétain, Viêt Muong et Tày Thai.
Plusieurs groupes ethniques, en majorité Thai, se sont fixés dans les vallées au pied des montagnes. Ils pratiquent comme les Viêt la riziculture en terrain inondé et en même temps le rây (culture sur brûlis).
Aux altitudes moyennes et hautes de la montagne, vivent de nombreux groupuscules ethniques très dispersés. Ils appartiennent à différentes familles ethnolinguistiques (austroasiatiques, austronésiens ou libeto-birmans). Ils pratiquent le rây et autres cultures en terrain sec.
Les ethnies parlent leur langue et en général comprennent le Viêt. Plusieurs ont leur propre écriture tout en adoptant le quôc ngu (écriture Viêt romanisée) comme écriture officielle. Tous possèdent un riche folklore.
Les ethnies les plus nombreuses sont les Thai, les Tày, les Nùng, les Muong... Les Thai qui habitent le Nord-Ouest du Vietnam comptent plus d'un million d'habitants. L'ethnie Thai, originaire du Sud-Ouest du territoire chinois actuel a connu de nombreuses migrations vers le Sud-Est asiatique. Les peuples Thai se sont infiltrés dans les vallées fertiles de la péninsule indochinoise et ont formé plusieurs royaumes (Thaïlande, Laos, Myanmar (les Shan). Au Vietnam, ils sont devenus une minorité ethnique comprenant plusieurs branches : les Thai proprement dits, les Tày, les Nùng...
Avec une population de 900.000 habitants, les Nùng vivent surtout dans les provinces de Lang Son (43% de la population) et de Cao Bang (32%). Le général Nùng Tôn Dan a contribué à notre victoire sur les Chinois Song au 11e siècle.
Les Tày (plus d'un million d’hab.) vivent imbriqués avec les Nùng dans les plaines et vallées des haute et moyenne régions du Nord (surtout à Cao Bang). Ils ont un niveau culturel élevé parmi les minorités.
Les Muong (900.000 hab.), apparentés aux Viêt vivent surtout dans les provinces de Hoà Binh, site de la culture néolithique de Hoà Binh.
Les Hmông ou Mèo (environ 500.000) sont venus du Sud de la Chine il y a quelque 300 ans. Ils habitent à plus de 1.300m d'altitude (Sapa...)
Les ethnies du Tây Nguyên (hauts plateaux du Centre) étaient aussi appelés proto-indochinois. Elles relèvent de plusieurs familles ethnolinguistiques. Citons les Mnông, le Jarai, les Radé, les Êdé. Les Êdé (160.000, surtout à Darlak), d'origine malayo-polynésienne, sont célèbres pour leurs magnifiques épopées.
Les Chams (environ 100.000) habitent les provinces de Ninh Thuân et Binh Thuân. Leurs ancêtres du royaume de Champa ont créé une brillante civilisation avec des trésors d'art sculptural et architectural. (Huu Ngoc/CVN)