Masque de danse kpan, Baoulé, République de Côte d’Ivoire
Baoulé, République de Côte d’Ivoire. Masque de danse kpan, bois recouvert de peinture, traces de portages, 49 x 25 x 24 cm.
Le goli, vous connaissez ? Sur la piste sableuse, le danseur baoulé saute, glisse et virevolte, soulevant sa corolle de raphia au son des calebasses et des grelots. Grisée par le vin de palme, la foule accompagne le spectacle de cris et de chants...
C’est l’allégresse lors de cette danse populaire, aujourd’hui encore pratiquée par notre ethnie de Côte d’Ivoire. De fait, les Baoulé l’ont empruntée à leurs voisins Wan au début du XXe siècle, plus précisément dans les années 10. Le village au complet participe à cette festivité, également organisée pour les funérailles. À l’occasion, on exhibe des masques lourds et volumineux. Réalisées spécialement pour la fête, ces parures sont auparavant conservées à l’abri des regards, dans le sanctuaire de brousse. Ils sont huit – quatre paires de masques symbolisant le couple homme-femme – à se succéder deux par deux sur la piste, chacun porté par un danseur. Fortement codifiée, la cérémonie gagne en puissance au cours de la journée. Après les masques kple kple en forme de disque, viennent les goli glen zoomorphes, puis les khan pre coiffés de petites cornes. Lorsque décline le jour, deux danseurs entrent en piste pour le clou du spectacle : ils portent les fameux masques kpan, dont la polychromie expressive permet de distinguer la femme de l’homme. Mais les Baoulé aiment ménager leur effet – et excellent dans l’art du suspens. Cachés au regard de la foule derrière des pagnes, nos comparses font une apparition pleine de panache. Vêtus de filets et de raphia, agitant des chasse-mouches, ils exécutent alors une danse lente et majestueuse, comme le rapporte Susan Vogel dans son précieux ouvrage consacré à L’Art baoulé. À la différence des précédents acteurs, ils ne frappent pas la peau de bête posée sur leur dos, une peau de léopard symbolisant la royauté, le pouvoir donc. Car au-delà de la joie de se divertir, la danse goli symbolise chez les Baoulé leur conception du monde, la hiérarchie inhérente à la société et à la nature. Aussi le léopard, lui qui domine les autres animaux, l’antilope comme le mouton dont la peau pare les premiers danseurs, ferme-t-il le spectacle. "Le goli, assure Susan Vogel, présente le monde baoulé dans toute sa complexité, enseigne les grandes divisions – homme et femme, brousse et village, le puissant et le subalterne"...
Notre exemplaire est l’un de ces masques kpan. Il n’a donc pas les yeux percés, seule l’ouverture ménagée au niveau de la bouche permettant au danseur de s’orienter. Le soin apporté à la sculpture, les scarifications sur le visage ou la coiffure élaborée formant crête sont autant de caractéristiques propres aux sculpteurs baoulé. On retrouve aussi l’asymétrie chère aux productions de cette ethnie, au niveau des yeux notamment. Notre masque, de plus, a appartenu à John Dintenfass. Ce psychanalyste new-yorkais a constitué, avec sa femme Denise, une collection de sculptures africaines, fondée, selon ses propres termes, «sur l’esthétique, avec une attention particulière portée à la beauté et à la force, ainsi que sur l’importance et la signification de chaque oeuvre dans son contexte culturel». En juin 2006, une partie de cet ensemble faisait l’objet d’une vente évènement à Paris (Sotheby’s). Cette même année décidément faste pour les arts premiers dans la capitale voyait le succès de la vente Vérité (Enchères Rive Gauche). La prestigieuse collection comptait bien sûr dans ses rangs un masque kpan de l’ethnie baoulé... (courtesy www.gazette-drouot.com)
Estimation : 18 000/22 000 € - adjugé 194 444 € frais compris. Cannes, dimanche 24 février. Besch Cannes Auction SVV. M. Reynes
