Cabinet en ébène, bois précieux et os teintés, France, d’après des dessins de Jean Macé de Blois, vers 1630
Cabinet en ébène, bois précieux et os teintés, France, d’après des dessins de Jean Macé de Blois, vers 1630, 208 x 173,5 x 56,5 cm. Estimation : 25 000/30 000 €.
Vedette de la prochaine vente Haute Époque organisée comme de coutume à Louviers, notre meuble sera accompagné de nombreux autres cabinets. Une sélection qui permet d’entrevoir l’évolution de ce meuble. Cité pour la première fois dans un inventaire dressé pour François Ier en 1538, il est à l’origine plus un coffre qu’un véritable meuble. Constitué de tiroirs et autres compartiments secrets, il permet de conserver et de transporter des documents ou des objets précieux. Le coffre, dont la forme remonte à l’Antiquité, revient au goût du jour grâce à la civilisation islamique, qui l’impose en Europe au XVe siècle, via l’Espagne. Présent à la vente, un bargueño espagnol sera ainsi un bel exemple de ces meubles, servant aussi d’écritoires portatives. Du XVIe siècle, cet exemplaire en noyer, dont la façade à abattant révèle un intérieur constitué de tiroirs, présente un riche décor d’incrustation de bois clair sculpté en bas relief de motifs végétaux, oiseaux et personnages de profil. Prévoyez 12 000 € pour emporter ce coffre proposé avec un piètement postérieur. Aux sculptures en bas relief sur bois, aux incrustations d’or et d’ivoire de style mudéjar succéderont bien d’autres techniques. Au XVIIe, les cabinets deviennent ainsi le miroir des civilisations. C’est en Italie que sa forme classique apparaît, au XVIe siècle. Le cabinet révèle alors derrière sa façade une multitude de tiroirs et autres compartiments, mais aussi une niche centrale - le petit théâtre richement décoré en trompe l’oeil. Les marqueteries de pierres semi-précieuses participent au décor ; à l’image d’un petit cabinet italien du XVIIe orné de pierres dures. La niche centrale est gardée par deux petites statuettes de bronze doré (15 000/20 000 €). Après l’Allemagne, la vogue des cabinets arrive en France, qui, jusque-là, importait ces meubles. On commence alors à les fabriquer grâce aux premiers «ébénistes», venus des Pays-Bas ou d’Allemagne. Ces menuisiers qui travaillent le placage d’ébène révolutionnèrent la profession sous le règne de Louis XIII. Notre cabinet en constitue une superbe illustration. Il a été réalisé à partir de dessins de Jean Macé. Cet artisan français, qui sera nommé menuisier ébéniste du roi en 1641 et qui obtiendra un logement au Louvre, s’est formé durant de nombreuses années aux Pays-Bas. L’évolution du cabinet ne s’arrête pas là... Sa forme évolue peu à peu au cours du XVIIIe, pour finalement donner naissance au secrétaire. Mais c’est une autre histoire... Louviers, dimanche 25 mai. Jean Emmanuel Prunier SVV. M. Lagrand.
