Paire de cabinets en laque du Japon noire à décor de paysage or, seconde moitié du XVIIe siècle
Paire de cabinets en laque du Japon noire à décor de paysage or, seconde moitié du XVIIe siècle, piètement du premier tiers du XVIIIe , 81 x 81 x 52 cm. Estimation :200 000/300 000 €.
Pour tout l’or du monde... L’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche accordait à ses collections de laques du Japon une insigne valeur. Elle n’est alors ni la première ni la seule à collectionner ces objets venus d’Orient. L’Europe du XVIIIe leur voue une véritable passion, depuis que les premiers galions portugais ont, au XVIe siècle, rapporté sur le Vieux Continent ces trésors. Déjà, Marie de Médicis, le cardinal Mazarin, Monsieur, frère du roi, tous ont succombé à cette mode. Enfin, presque tous, dans la mesure où seuls les grands, rois et princes, avaient le privilège d’acquérir de tels objets, dont le prix était excessivement élevé. À cette époque, on ne sait encore rien de leur fabrication. Mystérieux, exotiques, ils n’en sont que plus précieux. Dès le milieu du XVIIe siècle arrivent donc en France, via Amsterdam et la Compagnie des Indes orientales, les premiers cabinets produits spécialement pour l’exportation par des artistes japonais passés maîtres, depuis des siècles, dans le travail du laque. Spécialisés dans les produits de luxe, les marchands merciers se chargent de ce commerce et proposent à une clientèle dispendieuse ces meubles en laque noir rehaussés d’or, sur des piètements en bois doré réalisés par les meilleurs artistes de la capitale. Ici nos deux cabinets à décor de paysages sont posés sur des bases en chêne en tout point remarquables ; la comparaison avec une console conservée dans la chambre à coucher du Dauphin, à Versailles, n’est d’ailleurs pas fortuite. Attribuée à Nicolas Pineau, elle présente avec nos deux piètements une évidente parenté, à commencer par le fond quadrillé en grain d’orge et le piètement à motifs de dragons. Rappelons que Nicolas Pineau n’est pas n’importe qui. Cet élève de Jules Hardouin-Mansart, qui travailla au service du tsar à Saint-Petersbourg passe, avec le grand Meissonnier, pour être le créateur du style rocaille. La Pompadour lui obtiendra lors de son retour en France la décoration du château de La Muette. Une marquise qui avait elle aussi une réelle passion pour les laques du Japon, que lui fournissait un certain Lazare Duvaux. Est-ce par son intermédiaire que le cardinal de Bernis, son protégé, poète et amateur d’art à ses heures, avait collectionné à son tour le mobilier en laque ? Conservée dans le palais de Lisle-sur-Tarn, propriété de la famille Gardès, notre paire de cabinets aurait en effet été acquise par Jean-François Gardès auprès de l’archevêque d’Albi, le fameux cardinal de Bernis, avant son départ pour Rome, en 1769. Une dernière bonne raison de succomber à ces cabinets ! (www.gazette-druot.com) Cheverny. Dimanche 8 juin. Ventes aux enchères Vendôme Cheverny Paris SVV.
