Jean-Baptiste Greuze (1725-1804), Portrait de femme au bonnet
Jean-Baptiste Greuze (1725-1804), Portrait de femme au bonnet, pastel, 38 x 30,5 cm. Estimation : 40 000/60 000 €.
À l’évocation du nom de Greuze, les termes "moralisateur", "érotisme équivoque", ou encore "peinture mièvre" viennent souvent à l’esprit. C’est vite oublier qu’il fut un peintre admiré pour ces mêmes raisons par Diderot, dans ses critiques des Salons. Peut-être un peu trop, car il insistait sur ce côté moral avant de se fâcher avec lui. Promoteur attitré de Greuze, Diderot persuada Catherine II de Russie d’en acquérir en quantité. L’Hermitage conserve ainsi l’un des plus beaux ensembles de dessins de Greuze, avec la Frick Collection à New York. En 2002, Edgar Munhall, autre apologiste de Greuze, organisa pour cette institution une exposition sur Greuze dessinateur, ensuite accueillie par le Getty à Los Angeles et qui couvrait environ cinquante ans de sa carrière. Prolifique dessinateur, Greuze a multiplié les études de position des divers personnages de ses compositions. Il n’hésitait pas à les exposer aux Salons, où il recueillit l’unanimité des suffrages, avant de tomber en disgrâce à la fin du siècle. "Il y a tout plein de vérité de chair, écrit Diderot dans le Salon de 1765, et un moelleux infini". Certains lui reprochent son manque de couleur, tout en soulignant qu’avec quelques tons seulement Greuze se révèle virtuose. On loue également son aptitude à traduire la réalité du sang qui court sous la peau, sa façon de rendre les yeux vivants, brillants et expressifs, les dentelles des bonnets, les rubans qui retiennent les chevelures - et même la dignité "rustique" d’un orateur romain, dans le portrait de Diderot. On admire son art des demi-tons, des transparences, de traduire les sentiments et les expressions propres à chaque âge de la vie. Et l’extase, "plus douce à éprouver qu’honnête à peindre", nuance le philosophe.
Mercredi 25 juin, salle 2 - Drouot-Richelieu.. Ader SVV. M. Millet.
