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Commode royale d'époque Louis XV. estampille de Mathieu Criaerd, livrée en 1748 par Thomas Joachim Hébert. Photo Christie's Image Ltd, 2011.

En vernis européen à l'imitation de la laque, ornementation de bronze ciselé et doré marqué au C couronné, le dessus de marbre brèche dorée, de forme mouvementée, à décor sinisant or et rehauts de rouge sur fond noir dans des encadrements de rinceaux, d'oiseaux et d'insectes inscrits dans un paysage arboré, de vase fleuris et d'animaux fantastiques, la façade ouvrant par deux tiroirs sans traverse, les montants pincés terminés par des pieds cambrés, estampillée sur le montant arrière gauche MCRIAERD et portant au dos un numéro d'inventaire à l'encre noire N1461 ; un sabot associé, petites retouches à la laque. Hauteur: 84 cm. (33 in.) ; Largeur: 99 cm. (39 in.) ; Profondeur: 51 cm. (20 in.). Estimate €200,000 - €300,000. Price Realized €361,000

Mathieu Criaerd, reçu maître en 1738.
Le poinçon au C couronné fût apposé entre 1745 et 1749.

Provenance: Livrée en juin 1748 par le marchand-mercier Thomas Joachim Hébert pour la chambre de Marie Leczinska au couvent des Carmélites de Compiègne.

Commode royale livrée pour Marie Leczinska

Notes: Le numéro 1461 peint à l'arrière du meuble est un numéro du Journal du Garde-meuble royal qui renvoie à une livraison en date du 22 juin 1748 par le marchand-mercier Hébert destinée au château de Compiègne :
"Du 22 juin 1748. Livré par le sr Hébert. Pour le château de Compiègne...Pour la chambre de la Reine aux Carmélites.
N1461. 1 commode de bois verni des Indes fonds noir à fleurs et branchages d'or, dans un compartiment fond d'argent, à dessus de marbre brèche d'Alep, ceintrée et chantournée, ayant par devant 2 tiroirs fermant à clef, avec entrées de serrures, mains fixes, ornements, filets, pieds de bronze doré d'or moulu, longue de 3 pieds, 18 pouces de profondeur et 31 pouces de haut"
[Larg. 0,97m ; Prof. 0,48m . Haut. 0,837m] (Archives Nationales, 01 3312)

L'intervention dans ce cas du marchand Hébert, au lieu de l'ébéniste de la Couronne, Gaudreaus, correspond à une livraison de meubles précieux destinés à des pièces intimes. Cette livraison (faite à la suite de deux commodes destinées à la Dauphine) concerne le petit appartement de la Reine au couvent du Carmel à Compiègne.

La dévotion bien connue de la Reine Marie Leszczynska la conduisait à faire de nombreuses visites à des couvents. A Compiègne, résidence d'été et de chasse très appréciée de Louis XV, elle prenait un véritable plaisir à faire de courts séjours au Carmel, comme le rapporte le duc de Luynes :"ce qui fait le principal agrément de la Reine dans les voyages de Compiègne, c'est le plaisir d'aller aux Carmélites". Elle s'y fit aménager un petit appartement dès 1740 et put y faire des retraites à partir de 1748, s'y rendant la plupart du temps "les après-dîner". Elle y prenait des repas qu'elle se faisait apporter du château et avait même installé un lit, mais n'y passait pas la nuit.

On remarquera que la Reine partageait avec la dauphine le goût pour les meubles de laque dans ses pièces intimes : à Fontainebleau, Hébert avait livré pour son cabinet de retraite une commode en laque du Japon (musée du Louvre) ainsi qu'une bibliothèque en vernis façon de la Chine.

On perd trace du meuble dans les inventaires ultérieurs de Compiègne, la commode n'étant pas mentionnée dans le château et  l'appartement de la Reine au Carmel ne figurant pas sur les inventaires de 1750, 1771, 1772, 1773, qui comportent la numérotation du journal du garde-meuble, ni sur ceux ultérieurs sans numérotation (01 3393).

Elle n'apparaît pas non plus dans les inventaires de meubles par catégories de Compiègne en 1764 (01 3386) ou 1771 (01 3393). La raison en est qu'elle en fut certainement déposée au garde-meuble ou dans une autre résidence royale à la suite du décès de la reine en 1768 ou bien même avant 1764, quand la Reine cessa de s'intéresser au Carmel.

Thomas-Joachim Hébert (décédé en 1773) avait un statut spécial parmi les merciers puisqu'il jouissait du privilège des "marchands suivant la cour" appelés aussi "marchands privilégiés du Palais". Il débuta sa carrière en 1714, devenant le successeur de Nicolas-Guillaume Daustel dont il épousa la veuve, Louise Dezgodetz (décédée en 1724) et reprenant son commerce Quai de la Mégisserie, à l'enseigne Le Roy de Siam.

Son stock se composait en 1724 surtout de porcelaines ou laques de Chine, de luminaires de bronze doré et d'un petit nombre de meubles, notamment quelques meubles de Boulle dont il était client. Devenu veuf, il se remaria avec Marie-Jeanne Legras (décédée en 1763) et déménagea pour la rue Sainte-Honoré, vis à vis le Grand Conseil, où il est cité en 1745-50.

L'apogée de sa longue carrière correspond aux années 1737-1750, pendant lesquelles il livra à la famille royale toutes sortes de meubles en laque de Chine ou vernis Martin, porcelaines montées, pendules et lustres. L'ébéniste attitré de la Couronne était alors Gaudreaus, mais la famille royale préférait s'adresser à Hébert pour les meubles sortant de l'ordinaire en particulier les meubles en laque qui semblent avoir été sa spécialité.

Il faisait travailler les ébénistes B.V.R.B et Criaerd, confiant de préférence au premier les meubles en laque du Japon, et au second les meubles en vernis Martin tels ceux livrés en 1742 pour Mademoiselle de Mailly à Choisy. En dix ans, de 1737 à 1747, Hébert livra ainsi plus de quarante  meubles pour la famille royale, dont trois commodes avec un petit bureau de laque du Japon, une douzaine de meuble en laque de Chine et autant en vernis Martin. En 1747 pour les filles de Louis XV il livra même une série de meubles en vernis Martin vert. Il se retira au début des années 1750, mettant en vente son fond de magasin en avril 1750 puis achetant en 1752 une charge de secrétaire du Roi.

On trouve désormais des meubles provenant de Compiègne dans de nombreux institutions et musées internationaux, parmi lesquels le J.P.Getty Museum, le Metropolitan Museum of Arts, la collection Frick, le Musée du Louvre, Waddesdon Manor....

Christie's. 500 ans : Arts Décoratifs Européens, 17 November 2011, Paris www.christies.com