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Beau bureau dit de pente richement marqueté sur toutes faces. Attribué à Jean-Pierre Latz. Epoque Louis XV. Estimation : 180000 € / 220000 €. Photo Aguttes

Les réserves fleuries et feuillagées (charme teinté, buis, épine-vinette, ébène, ivoire teinté vert) cernées de rinceaux et crosses d'amarante sur des frisages de bois de violette qui se détachent sur des fonds de bois de satiné. 
De forme mouvementée, il repose sur des pieds cambrés et chanfreinés. 
Il ouvre par un abattant découvrant un casier marqueté de souples branchages de bois de violette de bout sur des fonds de bois satiné. 
Il comporte un gradin à cinq tiroirs sans traverse, dont un large central et deux casiers à secret fonctionnant par un système de poussoirs et glissières. 
Les panneaux mobiles dissimulent dans leur épaisseur deux tiroirs. Belle ornementation de bronzes ciselés et dorés tels que agrafes, chutes et sabots marqués du « C » couronné (1745-1749). H : 98 - L : 82 - P : 49 cm.

Bien qu’il ne porte pas d’estampille, ce rare bureau de pente peut être sans équivoque rattacher à l’œuvre de Jean-Pierre Latz, l’un des plus brillants ébénistes-marqueteurs parisiens du milieu du XVIIIe siècle. 
Spécialiste des marqueteries florales, cet artisan se distingue notamment de la plupart de ses confrères de l’époque par la composition particulièrement équilibrée et l’élégance des jeux de courbes de ses réalisations. 

C’est ainsi, que l’on connaît quelques meubles, estampillés ou attribués à cet ébéniste, réalisés dans le même esprit que l’exemplaire que nous proposons, mentionnons notamment : un meuble à hauteur d’appui, d’une paire, à l’origine en suite avec une paire d’encoignures qui est conservée au Palais du Quirinale à Rome, dont la marqueterie présente une grenade émergeant d’un bouquet feuillagé, motif cher à l’ébéniste (illustré dans A. Gonzales-Palacios, Il Patrimonio artistico del Quirinale, Gli Arredi Francesi, Milan, 1996, p.135) ; un bureau plat à marqueterie de branchages fleuris et feuillagés qui est paru dans J. Whitehead, The French Interior in the Eighteenth Century, 1992, p.128 ; ainsi qu’une première commode reproduit dans Henry H. Hawley, « Jean-Pierre Latz, Cabinetmaker », in The Bulletin of the Cleveland Museum of Art, 1970, p.256, fig.56, et une seconde qui est exposée à la Residenz de Munich (voir B. Langer, Die Möbel der Residenz München, I, Die französischen Möbel des 18. Jahrhunderts, Munich, 1995, p.124-125, catalogue n°25). 

Dans le domaine des bureaux de pente, Latz fit preuve d’une certaine liberté dans le choix des matériaux ; en effet, plusieurs modèles connus offrent un décor en laque ou en vernis européen ; voir un exemplaire à décor en vernis vermillon reproduit dans P. Kjellberg, Le mobilier français du XVIIIème siècle, Dictionnaire des ébénistes et des menuisiers, Paris, 2002, p.533. 
Toutefois, ses créations les plus élaborées sont élégamment agrémentées de panneaux de marqueterie florale caractéristique de l’ébéniste, citons notamment un premier bureau de pente qui a la particularité d’être orné de chutes en bronze ciselé et doré à motifs de dauphins (illustré dans J. Nicolay, L’art et la manière des maîtres ébénistes au XVIIIe siècle, Editions Pygmalion, Paris, 1982, p.280, fig. B), et particulièrement un second, stylistiquement très proche de celui que nous présentons, qui se trouvait anciennement dans la collection Stavros Niarchos à l’Hôtel de Chanaleilles à Paris (paru dans A. Pradère, French Furniture Makers, The Art of the Ebeniste from Louis XIV to the Revolution, Société nouvelles des Editions du Chêne, 1989, p.153, fig.125). 

Jean-Pierre Latz (vers 1691-1754) figure parmi les plus importants ébénistes du règne de Louis XV. Originaire de Cologne, il vient s’installer à Paris en 1719 et se marie avec Marie-Madeleine Seignat, fille d’un entrepreneur en bâtiment Parisien. En l’espace de quelques années, il se compose une riche clientèle française et internationale, notamment le roi de Prusse Frédéric II, le roi de Pologne et la duchesse Louise-Elizabeth de Parme. 
Malgré cette grande notoriété, Latz n’estampilla qu’une petite partie de sa production qui est surtout reconnaissable par la qualité exceptionnelle de ses panneaux de marqueteries florales. 
De nos jours, certains meubles de l’ébéniste sont conservés dans les plus importantes collections privées et publiques internationales, citons notamment ceux qui sont exposés aux musées Carnavalet et du Louvre à Paris, dans la collection James de Rothschild à Waddesdon Manor à Londres et au Cleveland Museum of Art.

AGUTTES. Tableaux Anciens, Mobilier et Objets d'Art (Neuilly), le 17 Novembre 2015 à 14h30