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Alain.R.Truong
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Alain.R.Truong
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9 mars 2008

Vietnam: Saveur du Bouddhisme Thiên (Zen) moderne!

10_Bourgeois_3I00006M2Le village, cellule socio-économique du Vietnam traditionnel, possède toujours une maison communale (dinh) pour le culte de son Génie tutélaire et une pagode (chùa) dédiée à Bouddha.

Le dinh où sont réglées les affaires locales dans le cadre administratif provincial et national, représente l'ordre hiérarchique confucéen. Le chùa, lieu de compassion bouddhique, console les paysans qui viennent y chercher un baume pour leur chagrin quotidien, leur misère physique et morale.

Ainsi s'équilibrent dans la communauté villageoise la raison (confucéenne) et le sentiment (bouddhique), la tête et le cœur. Et aussi le Yin (principe féminin) et le Yang (principe masculin) parce que la maison communale dotée de cérémonies solennelles n'admet que les hommes tandis que la pagode est le rendez-vous des femmes.

Les septuagénaires vietnamiens qui ont grandi avant 1945 se rappellent sans doute le texte La pagode de mon village qui figure dans leur Quôc van giao khoa thu (livre de lecture pour enfants de 7 ans) au temps de la colonisation française :

La pagode de mon village, couverte de tuiles, est précédée d'une cour. À côté est une mare, et tout autour un jardin. Devant la cour, se trouve un portique à 3 entrées, dominé par un clocher. À l'intérieur, siègent sur des estrades des statues en bois, laquées rouge et or. Derrière sont la maison de culte des patriarches et celles des bonzes. Aux 2 côtés s'allongent des salles d'hôtes.

Des stèles de pierre dans la cour rappellent à la mémoire les bienfaiteurs de la pagode. Dans le jardin, les cendres des moines disparus reposent dans les stupas.

Les soirs du premier et du 15e jour de chaque lune, j'accompagnais ma grand-mère à la pagode. Le bonze supérieur dit les prières en battant une crécelle de bois, assis près de l'autel. Derrière sont assises une grand-mère et d'autres vieilles femmes, se prosternant et psalmodiant "Salut à Amitabha".

J'aime la pagode de village, modeste, calme, humaine, bien loin de la majesté écrasante des églises catholiques. La vue de bouddhas apporte à l'âme la sérénité alors que celle de Jésus crucifié inspire la peur et évoque la souffrance.

La pagode de village, blottie derrière des arbres séculaires, est symbole de simplicité et d'humilité. Ce n'est pas l'atmosphère des pagodes modernes, grandioses, qui se construisent, telles celle de Pleikou avec une tour japonaise de 70 m ou celle de Ninh Binh qui rassemble 300 arhats en pierre sur une colline. Ce n'est non plus l'atmosphère des pagodes construites par la diaspora vietnamienne à l'étranger, telle celle de Villebon-sur-Yvette, à 25 km de Paris avec ses étages et son jardin japonais ou le Vat Phra Bat Tay de Louang Prabang dépourvu de portique à 3 entrées.

Le bouddhisme Petit Véhicule est doté d'une pratique pieuse très salutaire. Tous les hommes doivent passer à la pagode 3 années de leur vie, aujourd'hui seulement quelques semaines, temps d'ascèse pour assurer des vies futures heureuses et améliorer leur karma : ce stage a lieu de préférence à la fin des études scolaires, avant que le jeune homme aborde la vie d'adulte. Bonne retraite pour réfléchir à tout.

Une telle pratique se crée actuellement au Japon, pays bouddhique par excellence, mais aussi pays post-industriel où le maelström de la vie moderne ne laisse pas de temps de répit. D'après des informations données par Reuters (août 2007), les femmes peuvent passer une journée monacale. Le temple Ryugenji de Kyoto leur ouvre ses portes : pour une somme de 65 dollars, elles peuvent suivre un cours religieux de 6 heures, écrire une prière en caractères chinois, apprendre à joindre les mains pour prier et lire un sutra... Arborant l'habit de nonne, chapelet en main, on entre dans le sanctuaire après s'être purifiée par l'encens corps et âme et après la cérémonie de la pseudo tonsure. On s'assoit jambes croisées style yoga, on ferme les yeux et médite, ainsi de suite. Une journaliste américaine, "nonne 24 heures", remarque qu'elle et pas mal de "nonnes aspirantes" se prêtaient à un jeu étrange de travesti. On y venait par curiosité pour changer d'air, pour s'amuser. Mais il y avait aussi des malheureuses qui venaient y chercher la vie. Le bonze Koyo du temple n'avait pas d'illusion sur le bouddhisme au Japon : "Beaucoup de Japonais ne sont pas sérieux en matière de religion".

Ils mélangent tout, célèbrent leur mariage dans une église catholique sans être catholique, vont à la pagode pour les funérailles et visitent les temples shintoïstes.

Quant à la bonzesse de la pagode de mon village vietnamien, elle porte des vêtements de soie, utilie le Packer, le Movade, le Honda... Saveur du Thiên (Zen) moderne ! (Huu Ngoc/CVN)

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