Bureau à caissons à huit pieds " Aux Jasmins". Paris, fin XVIIe - début XVIIIe siècles
Bureau à caissons à huit pieds " Aux Jasmins". Paris, fin XVIIe - début XVIIIe siècles. photo Kohn
Bâti de sapin, placage d'ébène, de bois clairs et bois teintés, ivoire et bronzes dorés. H. 80 cm, L. 113 cm, P. 59 cm. Restaurations d'usages - Lot 52? Estimation : 60 000 / 80 000 €
Ce beau bureau plat orné d'une riche marqueterie florale semée de fleurs " de jasmin " présente deux caissons bombés latéraux à trois tiroirs chacun encadrant un corps central à tiroir supérieur et niche à volet en retrait en sa partie inférieure. Deux petits pans coupés liaisonnent ce corps central des caissons latéraux. Il est sommé d'un plateau à pans coupés bordé d'une frise de vaguelettes godronnées en bronze ciselé et doré.
L'ensemble repose sur huit pieds reliés quatre par quatre par une entretoise en croisillon. Les pieds en volute coiffés d'un chapiteau de section carrée en bois doré, sont prolongés par des montants saillants en console découpés à champ plat. De larges boules assurent la stabilité du meuble.
Un décor raffiné en marqueterie s'invite sur l'ensemble du meuble. Chaque élément de la structure devient prétexte à la prolifération de motifs élégants. Rinceaux, feuillages involutés et fleurs épanouies évoluent de manière harmonieuse sur les caissons, les montants saillants, les pieds volutes et les croisillons de liaison. Le plateau offre une composition complexe au centre de laquelle une coupe laisse échapper variétés de fleurs traitées au naturel.
Un large encadrement souligné d'un fi let d'ivoire fait courir une frise de rinceaux agrémentés de feuillages. Cette composition est largement inspirée par les natures mortes florales réalisées dans le domaine de la peinture.
Le genre de la nature morte se fixa au début du XVIIe siècle, mais le nom ne s'impose qu'au milieu du siècle suivant. Vers 1650, l'expression " still-leven " apparaît aux Pays-Bas, désignant une oeuvre d'Evert Van Aelst (still : immobile ; leven : nature, modèle naturel). En France, au XVIIIe siècle, le terme de " nature reposée " est couramment employé. Le succès de Jean-Siméon Chardin décide finalement de l'adoption d'un terme nouveau et en 1756, apparaît l'expression " nature morte ".
Les pays du Nord, Hollande et Flandres donnèrent au XVIIe siècle au genre ses lettres de noblesse. La nature morte, reflet de la réalité concrète des choses et traduction de préoccupations morales eut de dignes représentants comme Pieter Claesz, Gabriel Metsu, Salomon van Ruysdael, Jan Bruegel ou Frans Snyders qui propagèrent le style au-delà des frontières.
En France, de nombreux artistes flamands, groupés dans la confrérie de Saint-Germain-des-Prés développèrent le genre avec une adaptation au milieu français ; des motifs moins nombreux, des compositions plus claires ou des tonalités atténuées. Lubin Baugin, Jacques Linard ou encore Louyse Moillon en firent leur spécialité.
Avant la fin du XVIIe siècle, coffres et tables tenaient lieu de meubles à écrire et étaient recouverts d'un tapis de bure pour les protéger des taches d'encre.
Cette étoffe, peu couteuse est à l'origine du terme " bureau ". Le bureau apparaît vers 1670, plusieurs années après la mort du cardinal Mazarin et ce n'est qu'au XIXe siècle que l'on inventa
L'appellation de " bureau-mazarin " pour le qualifier : Composé de huit pieds reliés quatre par quatre par des entretoises supportant des tiroirs superposés et un grand plateau rectangulaire.
Quelques ébénistes parisiens firent de ce meuble une de leurs spécialités.
Ainsi Nicolas Sageot (1666-1731) réalisa des modèles avec des variantes en marqueterie de bois ou d'écaille et laiton. (ci-dessous)
Pierre Gole (vers 1620-1685), ébéniste du Roi fut l'un des premiers à avoir apporté de Hollande les nouvelles techniques de marqueterie de fleurs au naturel qualifiées de " peintures en bois " (ci-dessous),
si brillamment illustrées par André-Charles Boulle (1642-1732). Selon des documents d'archives, il livra près d'une vingtaine de bureaux pour Versailles et les résidences royales secondaires. Il répondit parallèlement à la forte demande de sa riche clientèle privée. D'une grande productivité, son atelier inventa sur la base du bureau à huit pieds une variété de modèles, notamment au niveau de la forme des pieds: termes sculptés, colonnes torses, piliers en gaine ou autres. La décoration reprenait les motifs floraux en marqueterie de bois avec des combinaisons de cuivre et d'étain. (ci-dessous)
Aubertin Goderon (actif entre 1670 et 1700) fut à la mort de Pierre Gole l'un des fournisseurs principaux du Roi et enrichit le Garde-meuble royal d'un nombre considérable de bureaux en modifiant parfois certaines parties.Ce modèle défini par Pierre Gole fut imité par d'autres ébénistes tant en France que dans le reste de l'Europe. Selon Gerhard Dietrich, " le bureau de Gole est l'ancêtre, le modèle de tous les bureaux inventés à ce jour " (extrait de Schreibmöbel. Vom Mittelalten zur Modern, Munich, 1986) A partir d'une architecture clairement définie, les ébénistes laissèrent exprimer leur créativité et leur originalité dans les décors. Marqueteries de bois de tonalités variées, d'écaille, de laiton, d'étain ou d'ivoire laissent libre cours à l'imagination des artistes et développent un jeu savant de variations de motifs inspirés des études publiées par les Ornemanistes du Roi comme Charles Audran (1594-1674), Jean Berain (1640-1711) ou Alexandre-Jean Oppenordt (1639-1715).
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES: Anne-Marie Quette, Le Mobilier Français, Louis XIII-Louis XIV, éd. Massin, Paris, 1996
Théodoor Herman Lunsingh Scheurleer, Pierre Gole, Ebéniste de Louis XIV, éd. Faton, Dijon, 2005
Collectif, André-Charles Boulle, 1642-1732, Un Nouveau Style pour l'Europe, exposition Museum für Angewandte Kunst de Frankfort, du 30 octobre 2009 au 31 janvier 2010 éd. Somogy, Paris, 2009
Kohn - Paris. Vendredi 13 avril 2012. Drouot Richelieu - Salle 1. Tel. +33 (0) 1 44 18 73 00.





