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Jean-Michel Basquiat (1960-1988), GEM SPA, 1982

Acrylique sur toile. Signée et datée au dos. Certificat du comité Basquiat. 183 x 143 cm

Provenance :
- Ancienne collection Jean-Charles de Castelbajac, Paris
- Collection particulière, Genève

Expositions :
- "Jean-Michel Basquiat, peinture, dessins, ecriture", Musée Galerie de la Seita, Paris, du 17 décembre 1993 au 26 février 1994

Bibliographie :
- Jean-Michel Basquiat, Richard D. Marshall, Ouvrage édité par la Galerie Enrico Navarra, 1996, Paris. Oeuvre reproduite sous le numéro 7 en page 84 de l'ouvrage.
- Jean-Michel Basquiat, Richard D. Marshall, Jean-Louis Prat, Bruno Bischofberger. Ouvrage édité par la Galerie Enrico Navarra, 1992, Paris. Oeuvre reproduite sous le numéro 7 en page 132 de l'ouvrage.
- Jean-Michel Basquiat, Peinture, Dessin, Ecriture, Catalogue d'exposition du musée-galerie de la Seita du 17 décembre 1993 au 26 février 1994, Paris. Oeuvre reproduite sous le numéro 12 en page 40 de l'ouvrage

Epicentre de sa peinture dès 1981, la figure humaine s'ancre chez Jean-Michel Basquiat dans une quête identitaire, graphique, nécessaire et frontale. Dans un art d'attitude et de quotidienneté, son pinceau décrit ici un univers urbain emprunté à une scène familière : un « bonhomme » sur un vélo. Terrain de jeu de son enfance, la rue s'avère un de ses leitmotiv iconographiques tant d'un point de vue formel qu'au sens propre. A cet égard, il peint sur les toiles, comme il graffait les murs : en recouvrant la surface…encore et encore.
Une oeuvre antérieure apparaît d'ailleurs en filigrane sur cette toile, laissant surgir l'empreinte de mots sacrifiés. « L'art n'est pas une soumission mais une conquête » disait Malraux.
Dans une esthétique presque totémique, la figure humaine s'érige, hiératique, au centre de la toile : précaire et sacrée. Aux confins de la tradition africaine, américaine et européenne, son art accorde autant d'importance à la peinture qu'au trait et au mot. Fragments d'expression qu'il emploie de façon parcellaire, l'artiste revendique la primauté du signe qui seul fait sens…rappelant la théorie de Kandinsky : « Le mot est un son intérieur.
Ce son correspond en partie du moins à l'objet que le mot sert à désigner. Si l'on ne voit pas l'objet lui-même, si seul le nom est entendu, il s'en forme dans le cerveau de l'auditeur une représentation abstraite, qui provoque aussitôt dans le coeur une vibration. Parce que le mot agit comme un relais (…) » (Kandinsky, Du spirituel dans l'art). Basquiat insuffle donc ses lettres sur la toile par la technique du cut-up, chère à la Beat Generation et inventée par Burroughs qu'il fréquentait. Anagramme du mot ART, TAR qui signifie « goudron » est ici le symbole raciste de la pigmentation des noirs, de leurs ghettos, de même qu'une référence à la couleur du pétrole et par là-même de l'argent qu'il évoque presque toujours dans ses oeuvres. GEM y fait également référence (pierre précieuse).
Images, symboles, couleurs et non-couleur s'entremêlent sous les yeux de ce personnage dont la présence n'est guère anodine…
De son inquiétante naïveté, il capture notre regard nous laissant décrypter les signes qu'il a semés : « Basquiat se peignait de façon très simple et très caricaturale. Tout au long de sa carrière, il exécuta son portrait sous forme d'une simple silhouette, couronnée des mèches indisciplinées de sa chevelure crépue et drue. Un portrait sans titre identifie davantage le sujet à Basquiat » (Richard D. Marshall, Jean-Michel Basquiat, Ouvrage réalisé par la Galerie Enrico Navarra)).
Ce personnage enfantin, dessiné d'un trait incisif, révèle donc un autoportrait d'une profondeur particulière puisque si l'on décrypte les signes des Hobos (ancêtres des sans-abris) que nous délivrent la toile, nous découvrons un troublant message… Basquiat semait en effet dans ses oeuvres quelques fragments de ce répertoire visuel qu'il découvrit dans l'ouvrage d'Henry Dreyfuss (Le Symbol Sourcebook). Cette oeuvre nous en révèle deux : « Hit the road !quick ! » ainsi que « nothing to be gained here » dont la puissance d'évocation et la force du graphisme (les flèches et les roues) caractérisent l'oeuvre.
Ce référent lourd à la pauvreté et à l'errance (les hobos étaient des nomades oisifs dont le langage écrit à la craie sur les palissades, ou murs des maisons, servaient de messages pour les hobos suivants, leur permettant de trouver-ou non-un refuge pour la nuit) appartient pleinement à l'année 1982, puisque ce sera l'année viscérale où l'artiste changera de signature, définitivement.
SAMO devient alors Jean-Michel Basquiat…faisant de cette oeuvre plus qu'un portrait : une autobiographie.

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