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Pierre Soulages, « GOUACHE SUR PAPIER 65 x 50 cm,1954 », 1954. Photo Versailles Enchères Perrin-Royère-Lajeunesse

Gouache sur papier signé et dédicacé à Denise Colomb en bas à droite; 65 x 50 cm. Estimation : 120 000 / 150 000 €

Provenance : - Collection Denise Colomb
- Collection particulière, Paris

Historique : Cette gouache est à l’origine de la peinture « 194 x 130 cm, 9 octobre 1957 » qui fait partie des collections du Musée National d’Art Moderne et qui est accrochée à l’Hôtel Matignon depuis 1962.

Bibliographie : - « Soulages » , James Johnson Sweeney, éditions Ides et Calendes, 1972, reproduit
- « Soulages », l’œuvre complet, peintures, volume I, 1946-1959, Pierre Encrevé, éditions Seuil, Paris 1994, reproduit page 256 - « Soulages, 90 peintures sur papier », Pierre Encrevé, éditions Gallimard, Paris , 2007, reproduit page 50
- Sera reproduit dans le catalogue raisonné des œuvre sur papier en préparation par Pierre Encrevé

Œuvre importante dans le travail des années 50 de Pierre Soulages, souvent reproduite et qui fi t partie de la collection de Denise Colomb, soeur de Pierre Loeb, et photographe majeure qui réalisa les portraits de tous les artistes de son temps et notamment la série historique des portraits d’Antonin Artaud.
Cette gouache est à l’origine du tableau réalisé en 1957 par Pierre Soulages, acquit par le Musée National d’Art Moderne et accroché depuis 1962 à l’hôtel Matignon.
On sait que Pierre Soulages de tout temps n’a pas hiérarchisé son travail plaçant les peintures à l’huile ou à l’acrylique au sommet de la pyramide et le travail sur papier en bas.
On pourrait très bien utiliser pour cette gouache le terme de peinture, étant entendu que seul le liant, eau ou huile, établit une différence. Pour le reste, le plus important, l’âme du tableau, elle s’exprime toute autant par le travail de la pate que par la fluidité du pinceau.
Le choix du médium n’est qu’en fonction du besoin du peintre qui sait qu’un liant ne fait pas le tableau. Cohérence d’un travail qui veut, quelque soit le médium employé, ne servir qu’une cause : la peinture.
C’est par une volonté d’économie de moyen, par le besoin de s’en remettre au hasard maitrisé, que Pierre Soulages a pu ouvrir dans l’art actuel, le chemin d’une nouvelle aventure. Chemin où chaque passage du pinceau sur le support, vient en droite ligne de l’esprit à la main, de telle sorte que la trace visible soit à la fois physique et mentale. Du fait de la simplicité de ses moyens, de l’austérité de ses couleurs, l’œuvre est l’expression d’un développement continu, une sorte de perfectionnement très subtil du renouvellement de l’écriture. Intériorisation de la couleur comme mouvement tout autant que comme refus du mouvement, comme choix esthétique révélateur d’une poétique personnelle.
La fin des années 1950 seront pratiquement les dernières années où Pierre Soulages fera encore appel au clair-obscur juxtaposant des touches rectangulaires discontinues dont la répétition créera le rythme. Dans cette gouache, on voit apparaître sous les noirs, des passages de lumière qui ont la présence d’un langage sauvage et d’un esprit de feu.
La répartition de la gouache sombre sur la surface du papier, dont elle n’occulte pas totalement la présence, lie les traces les unes aux autres et constitue pour l’oeil un ensemble automatisé, une continuité dynamique dont la force interne contenue est un des éléments prépondérants de la composition. Couleurs sombres et clartés des rectangles blancs-gris d’ou surgit, comme dans le vitrail, une lumière ajoutant à la composition des éléments de clarté dont la force est autant spirituelle que matérielle.
Ces formes hiératiques solides, s’enracinent dans l’espace mental et ne s’opposent pas au fond du papier mais semblent au contraire en tirer le rythme de leurs propres mouvements.
Dans cette œuvre de 1954, le clair-obscur encore présent diversifie, nuance et enrichit le ton en même temps que s’ouvrent derrière les signes entrelacés des trouées lumineuses assouplies. Lorsque dans la toile du Musée d’Art Moderne on retrouve les signes de cette gouache, on s’aperçoit de tout ce que l’une et l’autre œuvre ont de personnel et si la gouache inspira la toile, celle-ci n’en est ni la copie ni l’agrandissement. Pierre Soulages cherche toujours à retrouver dans chaque composition des émotions neuves. Maîtrisant toutes les techniques, le peintre a visiblement plaisir à obtenir de ses œuvre qu’elles aient une parfaite autonomie par-delà leur évidence.
Les formes que Pierre Soulages a installées dans cette œuvre de 1954 sont des formes de vie et de poésie à l’intérieur d’une facture décidée, large et autoritaire. Toute œuvre d’art est un besoin qui va au-delà de la vision qu’offre au spectateur un tableau par essence statique. Sa vie comme la vie des hommes ne peut être que de contradiction afin que la force et la richesse des intentions soient inexorablement là où elles doivent être.
On ne saurait en toute honnêteté expliquer, démontrer, ce qui est du domaine de l’instinct, de la prémonition des formes et de la lumière qui les modèle.
C’est tout ceci, l’exprimable et le non-exprimable qui font de cette gouache l’une des grandes réussites de la peinture abstraite de son époque.

Versailles Enchères Perrin-Royère-Lajeunesse. Dimanche 7 juillet 2013. Hôtel des Chevau-Légers - 3, impasse des Chevau-Légers. Contact: Olivier Perrin ou Gilles Frassi au +33 (0)1 39 50 69 82.