Canalblog Tous les blogs Top blogs Mode, Art & Design Tous les blogs Mode, Art & Design
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Alain.R.Truong
Publicité
Alain.R.Truong
Publicité
Visiteurs
Depuis la création 51 914 390
Publicité
Archives
Newsletter
Alain.R.Truong
Publicité
4 mars 2007

Sur les stèles du Temple de la Littérature d'Hanoi

cDans l'admirable recueil Stèles (1912), le grand poète français Victor Segalen, médecin archéologue et sinologue, évoque les stèles rencontrées sur les routes de Chine, pierres qui chantent un règne, un événement ou une doctrine.
Expression d'un exotisme singulier, ces poèmes expriment un mysticisme oriental "qui veut tout confondre, de l'Orient d'amour à l'Occident héroïque du Midi face au Prince du Nord trop amical, pour atteindre l'autre, le cinquième, centre et milieu, qui est moi". Quête enivrante et vaine de l'absolu, du beau, de la Diversité une.

Que disent les 82 stèles du Temple de la Littérature (Van Miêu) - Temple de Confucius que tout étranger se doit de visiter à Hanoi, puisque cet édifice est considéré comme le - plutôt un, - symbole de la culture traditionnelle du Vietnam ? Ces pierres ne donnent pas des ailes aux envolées transcendantes "à la Segalen", elles commémorent 1.306 docteurs-ès-humainités reçus en l'espace de 300 ans, entre 1442 et 1779, dont l'âge au concours variait entre 16 et 61 ans. Pas de femme puisque la femme n'avait pas droit aux études. Rectangulaires, le petit côté supérieur arrondi, elles reposent sur un piédestal en forme de tortue, symbole de la longévité (Dix mille ans). L'animal représente aussi l'univers, l'union de Ciel (la carapace ronde et bombée) et Terre (le ventre carré et plat).

Chaque stèle porte l'année du concours, l'année de l'érection, les noms des lauréats et de leur village natal, du calligraphe et du graveur, et souvent quelques mots sur la vie du docteur. Sur le fronton de la stèle, le dragon et la lune représentent l'équilibre entre le yin et le yang dans l'univers et l'harmonie entre le ciel et la terre... Le phénix est le symbole de l'esprit et le nuage celui de la connaissance. Les stèles du 15e siècle au dessin très simple ont une lune petite et ronde, entourée de nuages et de guirlandes. Celles du 16e siècle, plus stylisées, portent une lune plus grande, rayonnant sur des nuages pareils aux flammes, avec aussi des fleurs. Celles des 17e et 18e siècles ont des motifs plus compliqués : 2 dragons menaçants rendent hommage à la lune au milieu, - fleurs, dragons et phénix voguant dans les nuages.

Des inscriptions gravées en caractères chinois, l'équivalent du latin au Moyen âge en Europe, sur la stèle du concours de 1442, expriment la volonté du roi de recruter des mandarins bons serviteurs du pays :

Les hommes de sagesse et de talent sont le souffle vital originel de la nation. Quand ce souffle est fort, le pays est fort. Quand il est faible, le pays est faible. C'est pourquoi, tout saint empereur et tout roi éclairé considère comme tâche urgente la formation de talents, la quête de lettrés imminents pour les employer, entretenant ainsi le souffle vital originel de la nation.

Le système des concours inauguré en 1075 comprenait 3 niveaux. Premièrement, les concours triennaux inter provinciaux (thi huong) pour titres de bachelier (tu tài) et de licenciés (cu nhân). Le choix état très serré : ainsi, à Hanoi, en 1876 et 1879, 75 reçus (25 licenciés, 50 bacheliers) sur une moyenne de 6.000 candidats. Les lauréats pourraient devenir mandarins directeurs des études (giao thu) et instructeurs (huân dao). Deuxièmement, le concours général (thi hôi) à la capitale, qui n'admettait que les licenciés, donnait le titre de docteur (tiên si) et sous les Nguyên, aussi le titre de docteur du second tableau (pho bang). Troisièmement, le concours de la cour (thi dình) présidé par le roi, consacre les différents degrés du doctorat. Les docteurs du 1er degré ne sont que 3: Trang Nguyên, Bang Nhan, Tham Hoa. Les docteurs du 2e degré sont des Hoàng Giap. Les docteurs du 3e degré (tam giac) n'ont aucune mention.

Quelle est la valeur de l'intelligentsia formée par les concours mandarinaux pendant plus de 8 siècles (supprimés par les Français après 1918). Elle vaut ce que vaut la doctrine confucéenne qui en est le support, toutes les épreuves, de caractère littéraire, se rapportaient aux 5 canons et 4 livres de Confucius.
Côté positif : l'humanisme de la doctrine, qui préconise l'harmonie universelle et sociale basée sur l'humanité (nhân) et les obligations mutuelles (nghia), réalisées par le perfectionnement moral de soi et le respect des rites : au Vietnam, il a contribué à former des hommes de caractère, dévoués à la nation, bâtisseurs dans tous les domaines, administratif et militaire, littéraire et artistique, social et économique.

Côté négatif : l'enseignement confucéen, scolastique, est conservateur et attaché aux modèles du passé chinois. Tournant le dos à la science et à la technologie, il cause l'immobilisme de la cour des Nguyên qui, refusant la modernisation du pays, n'a pu tenir tête à l'offensive coloniale au 19e siècle. (Huu Ngoc/CVN)

Publicité
Commentaires
Publicité