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Alain.R.Truong
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2 mars 2008

Catalogne, milieu du XIIIe siècle. Groupe de la Crucifixion, comprenant le Christ, la Vierge et saint Jean

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Catalogne, milieu du XIIIe siècle. Groupe de la Crucifixion, comprenant le Christ, la Vierge et saint Jean, châtaignier polychromé et doré, h. 157,5, 160 cm. Provenance : ancienne collection Marcel Puech. Estimation : 200 000 / 300 000 €.
Marseille, samedi 8 mars. Damien Leclere Maison de ventes aux enchères SVV. Mme Fligny

L’image est saisissante : Jésus crucifié entouré de sa mère, Marie, et de son fidèle disciple Jean. Trois figures grandeur nature se tenant à l’origine près de l’autel, en hauteur comme le révèlent les socles inclinés. On les imagine sur le jubé ou sur une poutre de gloire, immanquables. Ainsi, après avoir croisé le regard du Christ triomphant au portail de l’église, le fidèle, au XIIIe siècle, devait-il aussi contempler son supplice – la rédemption de l’humanité par le sacrifice de Jésus. Voilà le message de l’église catholique, martelé en moult tableaux tout au long de son histoire.
À l’époque romane, on insiste sur la double-nature du Christ, en multipliant les représentations de sa mort et de sa résurrection. Les moments forts de la vie du Jésus, la Cruci­fixion comme la Déposition de Croix, sont alors mis en scène dans de grandes compositions sculptées, dont certaines régions se font une spécialité, l’Italie bien sûr, mais aussi la Catalogne. Formidable exemple de ces théâtres religieux, la Descente de Croix d’Erill-la-Vall, dont les musées de Vic et de Barcelone se partagent aujourd’hui les divers éléments. Notre Crucifixion appartient à cette tradition monumentale, perpétuée au XIIIe siècle dans un souci toujours constant : rendre visible le sacrifice du Christ.
À cette époque justement, sous l’influence des franciscains, les artistes insistent sur l’humanité du Christ, figure moins hiératique, plus proche du fidèle. Et, face à ce spectacle douloureux, le chrétien devient à son tour acteur de la scène. La nôtre transpose un passage de l’Évangile selon saint Jean, lui-même ici représenté, son livre à la main. Une iconographie déjà fixée à l’époque carolingienne : la Vierge se tient toujours à la droite du Christ, saint Jean à sa gauche. Pas de pathos à outrance, mais une peine contenue, exprimée par les gestes et les attitudes : les mains de la Vierge fermées en signe de douleur, celle de Jean tenant sa joue, les têtes inclinées vers Jésus dans une douce mélancolie. Notre figure centrale doit encore beaucoup aux christs romans de Catalogne, le traitement du perizonium plissé, mais aussi celui du buste et de la barbe. Marie, quant à elle, est "la petite soeur" de la Vierge du musée national du Moyen Âge également sculptée dans le châtaignier. Celle-ci avait d’ailleurs été préemptée 355 000 F en octobre 2001, à Louviers (Me Prunier). On y lit le même allongement de la silhouette, des traits du visage stylisés, hérités des conventions romanes. Le travail du vêtement, en revanche, animé de nombreux plis en becs, témoigne des recherches gothiques, sensibles en Catalogne dès 1258 sur le chantier de la cathédrale de Barcelone. Plus totalement romanes, pas franchement gothiques, nos trois sculptures de Calvaire sont donc à la croisée des chemins...
Un "style transition", dont les exemples dans les collections publiques sont rarissimes. Rarissimes également, les groupes de calvaire du XIIIe rescapés de l’histoire. De-ci de-là, des figures isolées passent en vente, comme celle préemptée par le musée de Cluny. Mais ce trio fait bien figure d’exception : "Une seule Crucifixion à trois personnages nous est connue, précise l’expert de la vente Laurence Fligny, celle proposée dans une vente à Genève, en 1990". À cela s’ajoute une provenance fameuse, l’ancienne collection Marcel Puech. Cet antiquaire est bien connu des amateurs et des musées pour avoir constitué dans son hôtel Forbin La Barben à Avignon une prestigieuse collection d’oeuvres d’art, dont il légua une partie au musée Calvet, en 1986. Elle témoignait de la passion d’un homme pour cet art emprunt de spiritualité et d’humanité, à l’image de notre calvaire. Stéphanie Perris-Delmas www.gazette-drouot.com

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