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Alain.R.Truong
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21 octobre 2008

Andy Warhol (1928-1987). Four Multicolored Marilyn (Reversal), 1979-1986

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Andy Warhol (1928-1987). Four Multicolored Marilyn (Reversal), 1979-1986

Acrylique et encre sérigraphique sur toile. Signée au dos. Cachet de la fondation Andy Warhol au dos. 91,5 x 71,2 cm

Provenance :
- Collection Jane Holzer, New-York
- Collection particulière, Genève

Bibliographie :
- “Super Warhol”, Germano Celant, Editions Skira/Grimaldi Forum Monaco, Paris, 2003. Catalogue édité à l'occasion de l'exposition Super Warhol du 16 juillet a 31 août 2003 au Grimaldi Forum de Monaco. Oeuvre reproduite en page 374 sous le numéro 166.

5 août 1962 : la mort de Marilyn Monroe ébranle la planète. Sex symbole et incarnation du glamour, sa disparition soudaine provoque une déferlante dans les médias. Pendant des semaines elle sera, seule, le sujet des grands quotidiens. Bouleversé… par le retentissement médiatique de cet événement, Andy Warhol achète quelques jours après sa mort une photographie de la star datant des années cinquante. Il la découpe alors sous le menton, et la fait convertir en écran de sérigraphie. L'icône rejoint l'objet de culte.
Pape du Pop, Warhol est celui qui transgresse les frontières artistiques en les abolissant. Le « high art » se mêle au « low art », comme les supermarchés aux musées…Dès lors, en choisissant de traiter en sérigraphie cette femme inaccessible, l'artiste l'offre à tous : la divine devient multiple. « Fabriquée » et reproduite en nombre, la nouvelle Joconde du XXe siècle incarne désormais un nouvel idiome visuel. Parce qu'en désacralisant l'unique, Warhol démocratise le mythe. De son cliché, l'artiste préfère désormais traiter le négatif. Marilyn : Revival et reversal.
Son effigie ainsi répartie plusieurs fois au sein d'un même tableau annihile le portrait au profit du sujet, tandis que le traitement en négatif de l'oeuvre électrise soudainement les traits du visage de Marilyn…plutôt que sa peau. Saisissante, il ne demeure à la star que son aura, son image apparaissant bordée de flash de lumières -si vives- chères à Warhol. Différente, la blonde sulfureuse ainsi représentée, laisse place au mystère de manière plus trouble. Presque irréelle, cette Marilyn pourtant traitée en aplat, récupérée et détournée nous apparaît secrète, parce que sombre.
Caressant le visage de cette beauté à l'acrylique, Warhol l'esquisse au travers de la pénombre. Sa méthode semimécanique confère à l'oeuvre un effet pictural que sous-tend un caractère artisanal, non prémédité sans doute. A partir de la quantité de pigments étalée sur l'écran sérigraphique, ainsi que de la pression exercée sur la raclette, on décèle la matérialité vivante qui offre un supplément d'âme à cette oeuvre. En effet, les raccords et irrégularités revêtent un dynamisme gestuel qui lui délivre une touche humaine…Sans doute parce que Warhol interroge, en effaçant peu à peu les contours de son portrait, la précarité de la beauté et par là-même celle de la vie.
Flottant dans un espace indéterminé, pareil à un astre, le visage de Marilyn possède ainsi une dimension mortifère.
Fragment d'un tout hypothétique, éclaté, sa figure spectrale est détachée de son corps. En morcelant l'étoile devenue immortelle, Andy Warhol évoque par cette vanité, si belle, un véritable memento mori…Sous nos yeux encore éblouis, Marilyn peu à peu s'évanouit : n'oublions pas qu'une étoile filante est aussi une étoile qui meurt…

Vente du Samedi 25 octobre 2008. Art Contemporain - Partie I (lots 1 à 80). Cornette de Saint Cyr - Paris. Tel 01 47 27 11 24

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