Georges Spetz (faussaire espagnol, 1844–1914), Jeanne d'Arc
Le 23 mai 1430, pendant le siège de Compiègne, Jeanne d'Arc fut capturée aux côtés des troupes armagnacques par des soldats bourguignons. Vendue aux Anglais, elle fut jugée pour hérésie par un tribunal pro-anglais à Rouen, en Normandie, en 1431. Reconnue coupable, elle fut brûlée sur le bûcher.
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Georges Spetz (faussaire espagnol, 1844–1914), Jeanne d'Arc, XiXe siècle, parchemin et pigment, 16,5 x 14 cm, Archives nationales (France) - AE-II-2490
« Les miniatures Spetz [1][2][3] ont été acquises par les Archives Nationales. L'une d'entre elle est particulièrement connue, car étant libre de droit elle est reproduite sur la plupart des couvertures de livres sur Jeanne d'Arc. C'est pourtant un faux, reconnu comme tel selon les dires de Mme Christine de Joux, (...) conservatrice à la direction des archives de France (...). Il y a en effet trois « miniatures Spetz », qui se présentent de la même façon : des carrés de parchemin découpés portant d'un côté une image de Jeanne dans une lettre majuscule, avec un étendard – toujours le même d'une miniature à l'autre – et sur l'autre face des fragments d'un poème de Charles d'Orléans (...).
L'armure telle qu'elle est représentée ne correspond pas à une armure du début du XVe siècle, notamment – pour l'image la plus connue – l'épaulière gauche, qui est beaucoup plus développée que pour les armures du temps (...). Bien entendu, il pourrait s'agir de miniatures de la fin du XVe ou du début du XVIe siècle, mais la multiplicité des images dénonce la forgerie : il n'y a pas d'exemple au XVe siècle d'images ainsi reproduites en série.
L'intention est évidemment de faire passer ces images pour les produits des rapines de Guglielmo Libri (1802-1869) célèbre pour avoir volé des manuscrits précieux dans toutes les bibliothèques de France, et découpés les miniatures des livres qu'ils ne pouvait pas emporter. Le scandale Libri avait éclaté en mars 1848. Une partie des livres volés rentra en France entre 1881 et 1901, rendue par l'acquéreur anglais de la collection ou rachetée par la France. La récupération des miniatures volées semble être une sorte de sport national chez les conservateurs des archives et des bibliothèques autrefois visitées par Libri, car évidemment les livres restent, avec les cavités. Mais pour les miniatures Spetz et Paget, il n'y a pas de livre correspondant aux miniatures, ce qui établit leur fausseté (en dehors même, par ailleurs, de leurs caractères stylistiques).
Georges Spetz (1844-1914) natif d'Issenheim en Alsace, est de la génération qui suit celle du marquis d'Azeglio. Peintre lui-même, on peut donc le suspecter d'avoir réalisé les trois miniatures représentant Jeanne d'Arc qu'il possédait dans ses collections. », Olivier Bouzy, « Remarques sur la tapisserie d'Azeglio » (in French). Orléans, Centre Jeanne d'Arc, 10 avril 2019.