Nguyên Van Huy, premier directeur du Musée national d'ethnographie
Directeur du Musée d'ethnographie du Vietnam depuis sa fondation en 1995, Nguyên Van Huy a fait de cet établissement une des destinations les plus prisées de la capitale. Avec cet ethnographe et anthropologiste, une nouvelle conception
de la muséologie est appliquée : s'orienter vers la vie humaine contemporaine. Portrait d'un chercheur passionné et gestionnaire talentueux.
Il faut changer la conception des musées. Cette détermination du directeur du Musée d'ethnographie du Vietnam, Nguyên Van Huy, s'est traduite par des travaux concrets qui ont été effectués depuis la fondation de cet établissement à Hanoi, en 1995.
"Tout d'abord, le musée d'ethnographie n'est pas le lieu où se présentent seulement les vêtements, les cérémonies, les us et coutumes des ethnies", affirme le directeur Nguyên Van Huy. "Notre pays compte 54 ethnies, nous nous orientons vers les aspects sociaux liés aux groupes ethniques, y compris les Kinh (NDLR : l'ethnie la plus importante du pays)", continue-t-il avant d'ajouter que le musée doit s'attacher à la vie communautaire et à toutes les questions humaines. "Car l'ethnographie est la vie, l'histoire aussi", explique Nguyên Van Huy qui a été directeur adjoint de l'Institut d'ethnographie pendant une quinzaine d'années. Son musée a organisé diverses expositions qui ont attiré un grand public national et étranger, comme "Cent ans de mariages au Vietnam" ou récemment "La vie de Hanoi sous le régime des subventions étatiques (1975-1986)".
Autre conception de ce directeur : laisser les visiteurs réfléchir, recevoir selon leur propre situation, conditions. Ainsi, chacun en tirera sa leçon. Au musée d'ethnographie, rares sont les panneaux "Ne pas toucher à l'objet". "Nous encourageons l'expérience, l'essai", explique le directeur. Au musée, les visiteurs, enfants et adultes, ont l'occasion d'apprendre et d'acquérir des expériences de vie en participant même à différentes activités. Ainsi, des ateliers de métiers traditionnels (céramique, textile, etc.), ouverts pendant l'été ont attiré plusieurs élèves et étudiants. Ils y ont appris les techniques de production de céramique, de mélange des couleurs... Une autre façon d'exprimer la nouvelle conception de cet ethnographe et anthropologue : un musée pour tout le monde. Ainsi, "nous encourageons la visite des enfants et de leurs parents ou grands-parents. Car les échanges entre les générations deviennent plus riches après", indique Nguyên Van Huy.
Objets contemporains
La plupart des œuvres exposées sont des objets contemporains qui ont été collectionnés vers les années 1990. Ces objets simples de la vie quotidienne représentent des valeurs culturelles et la foi des hommes. "Nous collectionnons ces objets, les présentons au musée et encourageons la création d'autres similaires de la vie courante", raconte le responsable du musée qui n'oublie pas de préciser de toujours informer sur l'origine de l'objet.
Tant d'autres changements au musée d'ethnographie comme l'ouverture en continu sans pause-déjeuner depuis quelques années. Avec les efforts du directeur Nguyên Van Huy et ses collègues, le musée est devenu une des destinations les plus prisées parmi quelques 120 établissements dans le pays. Au cours des 5 dernières années, le nombre de visiteurs du musée a doublé, de 76.000 personnes en 2001 à 164.000 en 2005. Parmi les visiteurs, la moitié sont des étrangers. Ces résultats sont la fierté du personnel du musée d'ethnographie.
Clé de la réussite ? "Deux éléments importants, ce sont le budget et le personnel", déclare le directeur. Le musée reçoit chaque année du budget de l'État 1,8 milliard de dôngs qui ne répondent qu'à la moitié de ses besoins d'activités. "Le reste provient de sponsors et de nos propres sources", confie Nguyên Van Huy, sans oublier de souligner l'esprit inventif du personnel laborieux et responsable.
Pourquoi la plupart des musées vietnamiens sont-ils désertés ? "La plus grande difficulté vient du niveau d'instruction des habitants, explique le directeur du musée d'ethnographie. Vient ensuite le professionnalisme du personnel des musées". Cela explique peut-être sa quête de jugements vis-à-vis du musée. "Nous sommes à la recherche en permanence de critiques exactes pour perfectionner notre travail", dit-il en citant comme exemple l'attente des grands musées chaque vendredi du New York Times. Dans ce numéro hebdomadaire, les grands critiques parlent des activités des grands musées du monde avec leurs analyses profondes. Le directeur fait souvent traduire ces articles en vietnamien pour que le personnel du musée s'en informe. "Nous essayons de faire de tout notre possible", indique le directeur.
De père en fils
Nguyên Van Huy a découvert l'ethnographie dès son enfance. Dans la maison familiale, se trouve une bibliothèque remplie d'ouvrages en la matière. Il a vécu également jusqu'à 9 ans dans une région habitée par des minorités ethniques. "La vie des ethniques s'est infiltrée dans mon sang", confie Nguyên Van Huy.
Aujourd'hui, la rue qui traverse le musée d'ethnographie porte le nom de son père, Nguyên Van Huyên (1905-1975), professeur très connu du pays. Celui qui est, après 1945 - l'année de la naissance de la République démocratique du Vietnam, devenu un des premiers ministres de l'Éducation du pays.
Le premier directeur du Musée national d'ethnographie devrait se retirer cette année de son poste. L'anthropologue continuera ses travaux préférés : écrire sur les ethnies.
Nguyên Van Huy à travers les dates
Le 3 août 1945, naissance à Hanoi
1978-1980 : chef du Bureau d'ethnographie et de sociologie de l'Institut
d'ethnographie du Vietnam
1981-1995 : directeur adjoint de l'Institut d'ethnographie du Vietnam
Depuis 1995 : directeur du Musée d'ethnographie du Vietnam
(Hoàng Hoa/CVN)