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Alain.R.Truong
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10 septembre 2026

À propos de la paire de sentences parallèles de la Collection Dương Hà

Traduction en français d'un article du Musée des Beaux arts de HCM ville sur une paire de sentences parallèles de la collection de mon grand père maternel Dương Minh Thói qui se trouvaient dans le grand salon de sa résidence à Saigon.

 

À PROPOS DE LA PAIRE DE DUOI LIAN EN BOIS INCRUSTÉS DE NACRE DE LA COLLECTION DƯƠNG HÀ AU MUSÉE D'HISTOIRE DE HÔ-CHI-MINH-VILLE

 

 

Dans le cadre de l'inventaire et de la réorganisation de la salle d'exposition thématique « Collection Dương Hà » en 2025 au Musée d'Histoire de Hô-Chi-Minh-Ville, la paire de duoi lian (paires de sentences parallèles) en bois incrustés de nacre portant les numéros d'inventaire BTLS.33532 et BTLS.33533 a été sélectionnée comme l'une des pièces les plus représentatives à présenter au public. Loin de se limiter à sa seule dimension artisanale et artistique — témoin du savoir-faire raffiné des artisans vietnamiens du XIXe au début du XXe siècle —, cet objet d'art constitue également un véritable texte artistique à la profonde dimension idéologique. C'est sur cette base que cet article s'attache à translitérer et traduire le texte en caractères chinois, tout en décryptant les allusions historiques et littéraires dissimulées derrière les motifs incrustés de nacre.

 

Dans son ensemble, la paire de duoi lian se présente sous la forme de deux panneaux rectangulaires verticaux mesurant 250 cm de longueur sur 23 cm de largeur. Fabriquée en bois, la surface de chaque panneau est incrustée de 5 caractères chinois en nacre disposés à la suite pour former deux sentences parallèles complètes : 靜觀皆自得, 佳興與人同. Autour de ce texte s'étendent des guirlandes de motifs végétaux souples, associées à des motifs de bon augure tels que des calebasses, des rouleaux de calligraphie ou des plumeaux aux deux extrémités. La valeur unique de cette pièce réside au cœur du principe artistique « de la peinture dans la poésie, du sens dans la peinture ». Les dix caractères chinois composant le texte ne sont pas représentés par une calligraphie classique, mais chaque caractère constitue une peinture miniature minutieusement façonnée à partir de motifs illustrant avec vivacité des épisodes classiques de l'histoire des Trois Royaumes.

 

L'intégration de motifs tirés des Trois Royaumes, empreints de combats (représentant le « mouvement » ou l'action), au sein même des caractères chinois vise à honorer un message empreint d'une profonde « sérénité » propre à la philosophie orientale. Les deux sentences en caractères chinois : 靜觀皆自得, 佳興與人同 (Tĩnh quán giai tự đắc, giai hứng dữ nhân đồng) constituent en réalité un poème de cinq syllabes condensé par l'artisan à partir des deux vers originaux « 萬物靜觀皆自得, 四時佳興與人同 » (Vạn vật tĩnh quán giai tự đắc, Tứ thời giai hứng dữ nhân đồng) tirés du poème « Composition spontanée un jour d'automne » de Cheng Hao, célèbre lettré du néo-confucianisme sous la dynastie des Song du Nord. La suppression des termes « Vạn vật » (Toutes choses) et « Tứ thời » (Les quatre saisons) en tête de chaque vers permet non seulement d'adapter la proportion des caractères à la forme verticale du bois, mais accentue également la profondeur philosophique de l'œuvre.

 

Dans le premier vers « 靜觀皆自得 », l'artisan a habilement intégré cinq allusions historiques correspondant aux cinq caractères chinois :

 

Le caractère 靜 (Tĩnh - Sérénité) est composé à partir de la bataille de la Falaise rouge (Xibi), où Zhuge Liang érigea un autel pour invoquer le vent d'est et où Huang Gai feignit de se rendre pour incendier la flotte de Cao Cao ; il exprime le sang-froid et la sérénité suprême face à la mort pour faire basculer le cours des événements.

Le caractère 觀 (Quán - Observation) réinvente l'épisode de la prise de Jingzhou, illustrant la stratagème de Liu Bei et Zhuge Liang qui, observant en silence, saisirent l'opportunité d'occuper ce point stratégique aux dépens de Zhou Yu au moment même où les camps de Wei et Wu s'épuisaient mutuellement.

Le caractère 皆 (Giai - Tous) modélise le grand combat entre le vieux général Huang Zhong et Guan Yu à Changsha, une joute d'une force égale mais qui brille par son esprit de loyauté et de justice, chacun cherchant à épargner la vie de l'autre.

Le caractère 自 (Tự - Soi-même) évoque le souvenir tragique de la chute de Maocheng subie par Guan Yu, qui, isolé et à bout de forces, préféra une mort héroïque « plutôt être de la jade brisée que de la tuile entière » plutôt que de se rendre.

Le caractère 得 (Đắc - Accomplissement) clôt le premier vers par un motif d'incrustation décrivant la première phase de la prise de Jingzhou, illustrant l'aboutissement d'un long parcours de patience et de stratégie profonde. Dans ce vers, la philosophie du « Tĩnh » (la sérénité) apparaît clairement ; la « sérénité d'observation » n'est pas un simple silence physique, maar un état de conscience purifié de toute agitation et de toute quête de gloire. En conservant un esprit serein pour observer le monde, l'honnête homme parvient à la clairvoyance et réalise que toute chose suit les lois de la nature, atteignant ainsi la plénitude et l'autosuffisance.

 

Passant au second vers « 佳興與人同 », les cinq allusions suivantes ouvrent d'autres facettes de la condition humaine :

Le caractère 佳 (Giai - Merveilleux) intègre l'image du retour de Liu Bei à Jingzhou, franchissant les innombrables pièges tendus au Wu oriental pour revenir en triomphe avec Dame Sun, ouvrant une nouvelle ère de prospérité et d'accomplissement.

Le caractère 興 (Hứng - Inspiration) réinvente l'épisode des « trois visites à la chaumière », marquant l'événement où Liu Bei s'est humilié à trois reprises pour inviter Zhuge Liang à descendre de la montagne, symbolisant le point de départ du destin de la dynastie Shu Han.

Le caractère 與 (Dữ - Partager / Donner) porte une nuance de mise en garde contre le karma à travers l'image de Lu Bu, autrefois redoutable, forcé de s'agenouiller dans l'humiliation sous la tour Baimon avant d'être exécuté par Cao Cao pour une vie de trahisons et de félonie.

Le caractère 人 (Nhân - Homme / Humain) emprunte l'image de la défaite de Huang Zhong contre Guan Yu en raison d'un cheval qui s'est effondré, permettant de percevoir la noble humanité chez son adversaire et de la transformer en une loyauté indéfectible envers le Shu Han.

Le caractère 同 (Đồng - Unité / Partage) se conclut par le motif du « piège de la beauté » tendu par Diaochan entre Dong Zhuo et Lu Bu, une leçon coûteuse sur la dangerosité du cœur humain lorsqu'en apparence on semble uni mais qu'en réalité on partage le même lit en faisant des rêves différents (« đồng sàng dị mộng »), utilisant la beauté comme arme pour diviser et anéantir une puissance tyrannique.

 

Dans ce second vers s'exprime la pensée de l'« harmonie entre l'Homme et la Nature ». L'inspiration (« Giai hứng ») réside dans la beauté et l'émotion apportées par le rythme du temps. L'homme à l'esprit ouvert ne se laisse pas abattre ou chagriner par les vicissitudes du monde extérieur.

 

On peut affirmer que la paire de duoi lian incrustés de nacre BTLS.33532 et BTLS.33533 constitue un objet remarquable parmi les plus de 100 œuvres exposées dans la collection Dương Hà, car elle réunit trois valeurs fondamentales : la maîtrise de l'art plastique, une vaste culture littéraire et une profonde philosophie de la vie. Grâce à la main habile des artisans de l'époque Nguyễn (début du XXe siècle), le cours de l'histoire et des rivalités des Trois Royaumes ne se limite plus à d'austères leçons de bataille, mais devient vivant et accessible. En adoptant une approche fondée sur la textualité et la symbolique, cet article parvient à décoder les précieux messages culturels et philosophiques véhiculés par ces objets.

 

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

La, Q. T. (2021). Les Trois Royaumes (P. K. Bính, Trad.). NXB Văn Học [Éditions de la Littérature].

Thi Viện. (2005). Pensées d'un jour d'automne - 秋日偶成 (Cheng Hao - 程顥). Thivien.net. https://www.thivien.net

Trình, H. (2007). Pensées d'un jour d'automne (N. M. Tường, Trad.). Dans Hoằng Nghị đại vương [Grand prince Hoằng Nghị]. Éditions Monde [Nhà xuất bản Thế giới].

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Vue du grand salon chez mon grand père maternel dans les années 90. 

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