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29 juillet 2011

Paire de chenets à la salamandre et au phénix. D'après Charles Cressent. France, époque Régence, vers 1730

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Paire de chenets à la salamandre et au phénix. D'après Charles Cressent (Amiens, 1685-Paris, 1768), Sculpteur et Ebéniste du Régent. France, époque Régence, vers 1730. photo Marc-Arthur Kohn

Bronzes dorés. Chenet à la salamandre : H. 32 cm, L. 32,5 cm - Chenet au phénix : H. 33 cm, L. 32,5 cm. Estimation : 30 000 - 40 000 €

Chaque chenet présente une imposante base chantournée, de section trapézoïdale, ornée en façade d'un cartouche enfermant un ovale légèrement bombé et ciselé à mosaïque et quarte-feuilles.
Elle repose sur quatre pieds à large empattement et enroulements d'acanthe, dont seuls ceux de la façade forment espagnolettes, à têtes de chérubin s'affrontant.
Les parties latérales et concaves des bases affichent un décor à compartiments ciselés à mosaïque.
Les deux terrasses à surface plane supportent toutes deux un assemblage de bûches, les unes en flammes couronnées d'une salamandre, les autres éteintes d'où émerge un phénix.

Si l'on s'en réfère à la définition du feu, donnée par le fameux traité d'Iconologie de Cesare Ripa, publié à Paris en 1743 avec des textes de Jean Baudouin, le feu, « Element si necessaire & si dangereux tout ensemble, a pour Figure hyéroglifi que une Femme assise, qui de ses deux mains soustient un Vase plein de Feu.
Le Soleil darde ses rayons à plomb sur sa teste, & a ses costez sont mis pour Symboles une Salemandre, & des Pyralies, animaux qui ne vivent que dans le Feu, principalement la Salemandre, qui, selon Aristote, est si froide qu'elle l'esteint.
Car quant au Phoenix, il n'est icy mis que pour monstrer qu'estantconceu dans la flamme, c'est dans la fl amme aussi qu'il laisse la vie » extrait de Iconologie ou les Principales Choses qui peuvent tomber dans la pensee touchant les Vices et les Vertus, sont representees soubs diverses fi gures, gravées en cuivre par Jacques de Bie, et moralement expliquees par I. Baudouin, Paris, 1643, seconde partie, p. 5.

L'attribution du modèle de nos chenets à Charles Cressent a été récemment analysée par Alexandre Pradère dans son ouvrage de référence consacré à cet artisan d'exception paru en 2003.
Cressent produisit ou commercialisa plusieurs modèles de chenets que l'on peut aujourd'hui répertorier en se référant aux brèves mentions des trois ventes successives de son stock qui se tinrent à Paris en 1749, 1757 et 1765.

Dans la vente de 1757 figuraient trois paires de chenets dont l'une, décrite « à salamandres », évoque indubitablement le feu présenté ici : « N° 168. Dans la salle de compagnie, un feu qui représente de chaque côté une Salamandre en bronze, doré d'or moulu […] ».
Ce feu était assorti chez Cressent à la cheminée : « L'on trouvera dans les appartemens du sieur Cressent trois cheminées de marbre Serracolin [Sarrancolin] le plus beau, sans mastic, ce qui ne se trouve pas dans ces marbres fins, garnis de têtes de bronze sur les côtés et un cartel dans le milieu, où l'on voit une Salamandre sur son foyer, avec des agrafes de bronze, dorés d'or moulu ; de quatre pieds [130 cm.] dans oeuvre ».
Il apparaît clairement ici que notre artisan était en mesure de fournir à sa clientèle des décors de cheminée en bronze en adéquation avec ses modèles de chenets.
Les deux autres paires mentionnées dans la vente de 1757, dont l'une à perroquet, étaient en revanche assorties à des bras de lumière.
Autre constat venant conforter cette attribution à Cressent : un « feu à phénix et salamandre » se trouvait en 1760 dans une maison située à Clichy-la-Garenne, et appartenant à Marcellin-François de Selle, Trésorier général de la Marine, le plus important des clients de Cressent.

Selon Alexandre Pradère, la fonte de ces chenets à salamandre fut probablement confiée à Jacques Confesseur, qui en posséda des modèles dès 1737.
Dans l'inventaire après décès de Anne-Françoise Bourseau, première femme de ce dernier, dressé le 31 août 1737, sont en effet signalées : « Deux grilles, dont une finie à sallemandes [sic] ».

On retrouvera un feu de ce modèle dans le propre inventaire après décès de Confesseur, établi en 1759 : « une grille à usage et salamandre, prisée 24 L. ».
Deux autres paires de chenets similaires à la nôtre sont aujourd'hui répertoriées : la première, frappée du poinçon au « C » couronné, fut vendue à Paris, au palais Galliera, le 5 décembre 1974 (fi g. 1); la seconde, à l'Hôtel Drouot, le 28 avril 1978 (fi g. 2).

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Une variante du modèle de nos chenets montrant des personnages respectivement assis près du phénix et de la salamandre fi t partie de la collection du Duc de Tallard au XVIIIe siècle vendue aux enchères à Paris le 22 mars 1756, lot n° 1019.

Cressent compta assurément parmi les ébénistes les plus représentatifs du style Régence. Né à Amiens, le 16 décembre 1685, il amorça de prime abord une carrière de menuisier et de sculpteur en collaboration avec son père François, sculpteur de boiseries et d'ornements religieux à Amiens.
Il approchait déjà de la trentaine lorsqu'il quitta sa ville natale pour Paris.
S'il l'on ne connaît pas précisément la date de ce départ, il est avéré qu'il se trouvait déjà dans la capitale en 1714, année au cours de laquelle il se présenta à la maîtrise auprès de la corporation des peintres-sculpteurs parisiens, le 14 août.
Installé rue Notre-Dame-des-Victoires, il était associé avec l'ébéniste Joseph Poitou depuis plusieurs années lorsqu'il reprit l'atelier à la mort de ce dernier en 1719.

Poitou, dont Cressent épousa la veuve, appartenait à une dynastie établie d'ébénistes parisiens liés à la Couronne et à la famille des ducs d'Orléans.
Dès ses débuts, Cressent s'intitula sculpteur du Roy et de l'Académie de Saint-Luc et ébéniste.
Il est certain qu'il dut obtenir du Régent, dont il bénéficia très tôt de la protection, un brevet d'ébéniste privilégié qui lui épargna la maîtrise.
Dès 1723, il était en effet désigné comme Ebéniste Ordinaire des Palais de son Altesse Royale Monseigneur le Duc d'Orléans, Régent du royaume.
Plusieurs compagnons ébénistes, dont le nom et le nombre demeurent inconnus, travaillaient dans son atelier. Cressent exerçait donc, en dépit des règlements corporatifs qui prévalaient au XVIIIe siècle, une activité de sculpteur et d'ébéniste, mais aussi de marchand; il commercialisait ses propres meubles dont il dessinait les modèles et fournissait les bronzes qui les ornaient.
Il connut à ce titre des conflits répétés avec les corporations des fondeurs et des doreurs qui se soldèrent par des procès et des saisies dans son atelier en 1723, 1733 et 1735.

Les procès verbaux et autres inventaires dressés à ces occasions, conservés aujourd'hui aux Archives Nationales, permettent un recensement particulièrement précieux de son œuvre.
A cela s'ajoutent les catalogues de vente de ses grands clients comme celui de M. de Selle, ainsi que les catalogues des trois ventes successives de ses collections de tableaux et de son stock de meubles, bronzes, modèles et fournitures qu'il organisa en 1749, 1757 et 1765.

Cressent passa toute sa vie dans la même maison de la rue Notre-Dame-des-Victoires dont le rez-de-chaussée était occupé par ses différents ateliers, et le premier, par ses salons d'exposition.
Son habitation se situait au deuxième étage.
Dès 1757, il fut « contraint de quitter totalement sa profession pour son âge avancé [il avait alors 72 ans] et la faiblesse de sa vue ». Cressent s'éteignit le 10 janvier 1768.
Ses affaires furent vendues en mars de la même année.

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
Alexandre Pradère, Charles Cressent, Sculpteur, Ebéniste du Régent, éd. Faton, Dijon, 2003, pp. 204-206.
Alexandre Pradère, Les ébénistes français de Louis XIV à la Révolution, éd. du Chêne, Paris, 1989, pp. 128-139.

Marc-Arthur Kohn. Mercredi 27 juillet à 19h00. SPORTING D'HIVER 98000 Monte- Carlo. EMail : auction@kohn.fr - Tél. : +33 1 44 18 73 00

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