Cabinet en laque de Chine « Aux paysages lacustres ». Chine, fin du XVIIe siècle (cabinet) XVIIIe siècle (piètement).
Cabinet en laque de Chine « Aux paysages lacustres ». Chine, fin du XVIIe siècle (cabinet) XVIIIe siècle (piètement). Photo Marc-Arthur Kohn
Bâti de bois, laque de Chine, cuivre H. 146, 5 cm, L. 95 cm, P. 55 cm. Estimation : 35 000 - 45 000 €
Ce cabinet de forme rectangulaire en laque de Chine présente un riche décor polychrome or, rouge foncé et vert sur fond noir que l'on retrouve sur les trois côtés. Il ouvre en façade par deux vantaux encadrés par deux rangs de huit petits tiroirs. Les deux portes centrales sont animées par un très beau décor où se détachent plusieurs pagodes au milieu de végétation et de rochers entourés d'eau. Ces paysages lacustres et architecturés aux tonalités ocres se retrouvent sur les seize tiroirs de la façade. Au centre, un médaillon à fond rouge entoure la serrure et s'agrémente d'un large cartouche doré à décor de feuillages et de volatiles. Les serrures, cornières, charnières et anneaux de tirages sont en cuivre finement ciselé et doré, participant pleinement au programme décoratif. Ouvert, ce cabinet démasque vingt-trois tiroirs de dimensions inégales mais disposés de manière symétrique, ajoutant par là même à l'harmonie et l'équilibre du meuble. De nouveau, on retrouve ces superbes motifs dorés d'oiseaux, de
pagodes et de fleurs se détachant sur un fond de laque noir. Des traverses de laque rouge, permettant un nouveau contraste de couleurs, séparent chacun de ces tiroirs.
Preuve de la grande qualité de ce cabinet, l'intérieur des vantaux est agrémenté de panneaux de laque montrant un arbre ponctué de fleurs. Les côtés ont également été décorés de scènes similaires où l'on retrouve essentiellement le thème de l'eau et de l'architecture avec la représentation d'un petit pont. Il repose sur un piètement en poirier noirci ouvrant à un tiroir en ceinture soutenu par deux colonnes en partie antérieure et deux gaines à l'arrière. Ces quatre montants sont réunis à un plateau mouluré à décrochement central terminé par six pieds boules aplaties.
Ce cabinet, aux décors et à la qualité du laque caractéristiques des ateliers chinois du XVIIe siècle, témoigne de l'attrait que l'on avait à cette époque en France et en Europe pour cette matière et ce type de meuble. Si cette lointaine contrée d'Extrême Orient fascina les occidentaux au XVIIIe siècle, ceci n'était pas alors chose nouvelle et l'engouement pour les « chinoiseries » débuta dès le milieu du XVIIe siècle. La création en 1664 de la Compagnie des Indes Orientales puis celle de la Compagnie de Chine ont donné l'occasion aux grands amateurs et curieux de pouvoir se procurer toutes ces marchandises indispensables à leur passion. Notre cabinet correspond parfaitement à ce type de meuble issu de l'exportation dont les Grands de la Cour raffolaient. A côté de ces objets en laque, ils possédaient nombre de porcelaines, d'étoffes et autres peintures provenant de Chine et du Japon. C'est essentiellement le Cardinal Mazarin qui fut l'instigateur de cette mode en détenant une collection impressionnante de ce type d'objets. Les laques avaient également une importance considérable à Versailles comme l'atteste le Journal du Garde-Meuble de la Couronne. Sous Louis XIV, la visite de l'Ambassadeur de Siam en 1684 déclencha de véritables passions devant tous les présents offerts par le Roi de Siam au souverain français. Au XVIIe siècle, la Chine était véritablement dans l'air du temps en lui consacrant de nombreux ouvrages et récits de voyage jusqu'à la recréer de manière fantasmée quelques années plus tard. Au regard de la qualité des matériaux, de la beauté du décor et de son piètement ancien, ce cabinet a probablement été réalisé en Chine pour satisfaire la passion d'un grand amateur européen pour cette civilisation à l'immense richesse culturelle
Marc-Arthur Kohn. Mercredi 16 novembre à 14h00. DROUOT-RICHELIEU SALLE 1. EMail : auction@kohn.fr - Tél. : +33 1 44 18 73 00

