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Alain.R.Truong
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3 octobre 2026

"Le savoir en trompe-l’œil Corée, 18e- 20e siècle" au musée Guimet

 

PARIS - Royale, universitaire ou muséale, la bibliothèque demeure un trésor de savoir et d’évasion. À la fin du 18e siècle en Corée, dans le royaume du Joseon, le roi Jeongjo (r. 1776-1800) trouve dans la contemplation d’une peinture de bibliothèque un moyen de demeurer symboliquement entouré de ses livres : un trompe-l’œil prolongeant l’esprit du cabinet d’étude, stimulant la vertu, la curiosité et la conversation savante. Jeongjo confie alors aux peintres de l’Académie royale la réalisation des premières peintures de bibliothèques en trompe-l’œil, installées dans son cabinet de travail ou même derrière son trône. Les ambassades coréennes à Pékin jouent alors un rôle  déterminant. Les envoyés de Joseon y découvrent les cabinets de trésors chinois, ainsi que l’art jésuite de la perspective, diffusé à la cour des Qing et dans les églises de la capitale impériale par les artistes européens. L’alliance entre l’accumulation érudite chinoise et le savoir-faire européen en matière de trompe-l’œil nourrit l’inventivité des peintres coréens, qui développent un usage singulier de la perspective, le chaekgeori.

 

Rapidement, ce nouvel art du livre et des objets se diffuse dans les palais, les demeures aristocratiques et les foyers provinciaux. Livres, porcelaines, bronzes archaïsants, instruments d’écriture ou objets venus de Chine, du Japon ou d’Occident s’y accumulent dans un jeu d’illusions optiques savamment maîtrisé. Loin des vanités européennes, ces bibliothèques peintes ne renvoient pas à des collections réelles, mais à un cabinet des désirs, à ce que l’on aspire à posséder un jour. À partir de la fin du 18e siècle, le livre perd sa valeur savante pour devenir décoratif  ; les perspectives se brisent, les formes se distordent, les animaux fantastiques apparaissent. La bibliothèque s’éloigne du réel pour rejoindre un univers à mi-chemin entre surréalisme, fauvisme et onirisme.

 

Pour la première fois au musée Guimet, une exposition redonne à ce mouvement pictural sa place centrale, loin de l’image folklorique ou purement décorative qui lui est trop souvent associée. Elle tisse des liens entre l’art jésuite et l’art coréen, montre l’impact des ambassades coréennes à la cour de Chine, notamment à travers un exceptionnel rouleau peint de plus de cinq mètres du 18e siècle présenté pour la première fois, et révèle la diffusion des codes de la perspective grâce à des œuvres provenant du Louvre et du Asian Civilisation Museum de Singapour. Elle démontre également que la Corée du Joseon était tout l’inverse d’un « royaume ermite  » mais un pays ouvert, curieux, en dialogue constant avec le monde.

 

16 septembre 2026 – 4 janvier 2027

 

Paravent à six panneaux (détails), dynastie Yi ou Choson (1392-1910), Ancienne collection Lee U Fan, Paris, Guimet - musée national des arts asiatiques © Musée Guimet, Paris, Dist. GrandPalaisRmn/Thierry Ollivier

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Paravent à dix panneaux représentant une bibliothèque, Corée, époque du Joseon (1392-1910), XIXe siècle. Séoul, musée national de Corée © National Museum of Korea’s public work is used according to KOGL

Yi Han-chol (1808-?), Portrait du dignitaire de haut rang Cho Man-yong (1776-1846), Corée, époque du Joseon (1392-1910), 1845. Paris, musée Guimet © Musée Guimet, Paris, Dist. GrandPalaisRmn / Jean-Yves et Nicolas Dubois

Bouteille à anse en forme de double gourde, Corée, époque du Goryeo (918-1392), 13e siècle. Paris, musée Guimet © GrandPalaisRmn (musée Guimet, Paris) / Thierry Ollivier

Éventail à motif de taegeuk, Corée, époque du Joseon (1392-1910), 19e siècle. Bois, papier ; 84 × 43 × 2,5 cm, Paris, musée Guimet © GrandPalaisRmn (musée Guimet, Paris) / Michel Urtado

Vase à décor d’étoffe nouée, Chine, dynastie des Qing (1644-1911), règne et marque de Qianlong (1736-1795). Porcelaine à décor d’émaux famille rose ; 20,6 × 10 cm. Paris, musée Guimet © GrandPalaisRmn (musée Guimet, Paris) / Thierry Ollivier

 

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