Important mobilier, sculptures et objets d’art chez Sotheby’s, le 28 novembre
Paris – Le 28 novembre chez Sotheby’s, une vente sera dédiée au mobilier, à la sculpture et aux objets d’art. Cette session sera l’occasion pour les collectionneurs de dénicher des trésors des arts décoratifs européens du XIV e au XIXe siècle. Des pièces de prestige rythmeront ce catalogue telle cette exceptionnelle paire de canapés de Nicolas Heurtaut (estimation : 600.000 – 1.000.000 €) ou cette belle table en porphyre et bronze doré estampillée Carlin et livrée pour le duc de Choiseul (estimation : 100.000 – 150.000 €).
Sans conteste le lot phare de la vente, il s’agit d’un modèle unique réalisé par le célèbre menuisier Nicolas Heurtaut vers 1758. De forme dissymétrique avec un seul accotoir, ces canapés sont le témoignage parfait de l'expression du style rocaille à la fin des années 1750. Leur pedigree est précisément documenté, de la collection de la comtesse de Séran au XVIIIe siècle puis de celle du prince de Beauvau au XXe siècle, cette magnifique paire de canapés a également appartenu au célèbre antiquaire Jean Seligmann.
Enfin, la partie sculpture saura également séduire les connaisseurs. Citons une Vierge à l’Enfant typique des œuvres lorraines de la première moitié du XIVe siècle.




Exceptionnelle paire de canapés en coin de feu à châssis et accotoir unique en noyer et hêtre sculptés et redorés à l’huile, d’époque Louis XV vers 1755, estampillé N. Heurtaut (lot 270, estimation : 600.000 – 1.000.000 €). Photo: Sotheby's.
de forme légèrement concave avec un seul accotoir, opposé par rapport à l’autre ; richement mouluré et sculpté, le dossier à motif d’agrafes et fleurettes, la ceinture ornée d’une coquille enserrée dans des C affrontés, les pieds sculptés de palmes feuillagées et rouleaux ; la bordure interne du dossier et de l’assise décorée d’un fin motif de passementerie crénelé ; garnis à châssis et recouverts de lampas de soie rouge; Quantity: 2; Haut. 102 cm, larg. 142 cm, prof. 62 cm- Height 40 1/4 in; width 56 in; depth 24 1/2 in
Exposition: Trésors des Collections privées, Les Chefs d’œuvre du Mobilier français, galerie Charpentier, Paris, 7-15 mars 1998
Bibliographie: - A. Theunissen, Meubles et sièges du XVIIIe siècle, Paris, 1934
- B. Pallot, « Nicolas Heurtaut, menuisier et sculpteur en sièges », mémoire de maîtrise en Sorbonne, 1985
- B. Pallot, L’art du siège au XVIIIe siècle en France, Paris, 1987, pp. 246 et 247
- Cat. Expo. 18e, aux sources du design, chefs d’œuvre du mobilier de 1650 à 1790, Dijon, 2014
Notes: Cette paire de canapés, unique dans la menuiserie en sièges du XVIIIe siècle appartient à un remarquable ensemble qui aurait été offert, selon la tradition, par le roi Louis XV à sa maîtresse la comtesse de Séran. Réalisé par le célèbre menuisier parisien Nicolas Heurtaut, cet ensemble est constitué de huit fauteuils à dossier plat, d'un canapé d'alcôve, d'un lit à la Polonaise et de cette paire de canapés asymétriques.
Datable des années 1755 ce mobilier illustre un style rocaille classicisant tout en portant la caractéristique la plus aboutie du goût rocaille, l'asymétrie, qui n'est plus seulement ornementale mais devient ici un parti pris structurel. L'ensemble présente en effet le même répertoire ornemental avec des branches de palmier remontant des accotoirs et des pieds, les larges coquilles encadrées par des C affrontés et le délicat motif de passementerie se répondant en alternance, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du dossier. Conservé au château de la Tour en Normandie du XVIIIe siècle jusqu'à la fin du XIXe siècle, ce mobilier a été dispersé mais demeure parfaitement traçable :
Les huit fauteuils : six appartiennent désormais aux collections du musée national des châteaux de Versailles et de Trianon (ancienne collection de l’antiquaire Marcel Bissey puis Antenor Patiño, don Ortiz Linares en 1982, inv. V5212-7) et les deux autres ont été vendus chez Christie’s à Londres, Exceptional sale, le 10 juillet 2014, lot 12 (£662.500).

Un des six fauteuils conservé à Versailles, estampillé N. Heurtaut © château de Versailles

A pair of Louis XV giltwood fauteuils à la reine, by Nicolas Heurtaut, circa 1755-60. Price Realised GBP 662,500 (USD 1,134,862) at Christie's London, The Exceptional Sale 2014, 10 July 2014. Photo Christie's Image Ltd 2014.
Le canapé d'alcôve a appartenu aux collections du prince de Beauvau au château de Sainte-Assise, puis à Jean Seligmann dans les années 30, à la collection Ortiz Linares vers 1955 avant de rejoindre la collection particulière dans laquelle il se trouve aujourd'hui. Il a été exposé au château de Versailles en 2015, « 18e, aux sources du design », n°25.

Le canapé d’alcôve par Nicolas Heurtaut, collection privée.
Le canapé d’alcôve par Nicolas Heurtaut, collection privéeLe lit à la Polonaise est désormais conservé dans le Grand Cabinet de la Dauphine à Versailles (don du comte Guy de Boisrouvray en 1962, inv. 3809) il fut présenté au musée des Arts décoratifs à Paris dans l'exposition sur les Grands Ebénistes en 1955-1956.

Le lit à la Polonaise conservé à Versailles, estampillé N. Heurtaut © château de Versailles.
Enfin notre paire de canapés à accotoir unique a rejoint les collections du prince de Beauvau au château de Sainte-Assise en Seine-et-Marne puis celle de Jean Seligmann avant d'être vendu aux enchères à Paris, étude le 14 juin 1965, lot 67. Ils sont conservés dans la même collection particulière depuis leur acquisition en 1965.
Présentées au public lors de grandes expositions éphémères sur les chefs d'oeuvre du mobilier ou de manière permanente au château de Versailles, les différentes pièces composant ce mobilier illustrent parfaitement la créativité et la virtuosité d'un des plus célèbres menuisiers et sculpteur du règne de Louis XV. C'est justement sur notre paire de canapés à accotoir unique qu'il convient de revenir. Dans l'exposition "18e, aux sources du design" était présenté un rare canapé « en ottomane cintrée » en forme de fer à cheval des années 1760. Il s'agit d'une forme particulièrement inhabituelle et imposante, elle est ici déclinée en trois éléments distincts qui lui confèrent une modularité fonctionnelle. Cette modularité apparait sur d’autres réalisations de Nicolas Heurtaut notamment les canapés à confidents mobiles qui rendait le travail de sculpture plus important –mais pour un résultat encore plus exceptionnel- tout en permettant de concilier des exigences pratiques tout simplement liées à largeur de ce type siège (souvent plus de 3 mètres, confidents compris).
Le canapé d'alcôve, pièce centrale de cette combinaison, possède un dossier légèrement cintré de forme concave, une absence de sculpture au dos et sur les pieds postérieurs ce qui le destine à être placé dans une niche et le qualifie de "meublant" selon la dénomination du XVIIIe siècle. En revanche, le dessin asymétrique avec un accotoir unique permettait probablement, selon l'envie ou la saison de placer cette paire de petits canapés soit de part et d'autre du canapé d'alcôve avec l'accotoir disposé vers l'extérieur, soit positionné inversé en vis à vis de ce canapé, de chaque côté d'une cheminée. Rappelons que cette paire de canapés dissymétriques est aussi parfois appelée « coins de feu ». Enfin un dernier détail, la fine sculpture à motif de passementerie présente uniquement sur le côté opposé à l'accotoir trouve un écho sur chaque côté du dossier du canapé d'alcôve.
Nicolas Heurtaut, sculpteur reçu maître en 1742 et menuisier reçu maître en 1753
Originalité et prouesse technique
La richesse et l’originalité de cet important mobilier révèlent tout le talent de Nicolas Heurtaut qui vient d’être reçu maître menuisier quand il réalise cet ensemble. Sculpteur à l’Académie de Saint-Luc, exerçant son art dès 1742 dans les ateliers des Tilliard, Sené et probablement Avisse et Saint-Georges il maîtrisait toutes les subtilités du style rocaille tout en possédant un style propre que la lecture de ce mobilier permet de rappeler (voir B. Pallot) : « la double crosse superposée issue d’une même moulure, l’agrafe posée en bout d’accotoir ; l’utilisation du champ plat au milieu de la moulure, des cavités pratiquées en haut de chaque C de la devanture afin de faire mieux ressortir la sculpture et l’inévitable jeu de moulure en forme de lacets disposées à chaque extrémité d’une traverse et qui est à lui seul le moteur de tout le mouvement du siège » . Outre la qualité de la sculpture, l’originalité de cette paire de canapés réside dans leur structure asymétrique : le dossier, par le jeu des lignes est constitué de deux parties distinctes et dissymétriques, de dimensions différentes auquel répond l’assise, par un jeu identique mais inversé. L’ensemble est parfaitement équilibré et témoigne des nombreuses heures de dessin suivies pendant les dix années d’apprentissage et de compagnonnage à l’Académie de Saint Luc. L’asymétrie est évidement accentuée par la présence d’un accotoir unique avec une console présentant un fort galbe. Si le dessin est inédit sa matérialisation et son exécution tiennent de la prouesse technique. En effet, pour constituer cette partie, le menuisier a utilisé une pièce de bois d’au moins 70 cm de haut sur 30 cm de large dans laquelle il a débité un élément constituant le pied entier et sa projection vers l’arrière à 45° sous la forme de la console d’accotoir.

Détail du dossier, fauteuil conservé à Versailles.

Détail du fauteuil représenté sur le portait de la duchesse de Choiseul.

Détail du dossier d’un des canapés.
Une provenance Crozat / Choiseul ?
Suggérée par la pertinence de monsieur Charles Hooreman qui a judicieusement mis en évidence la sculpture du dossier d'un fauteuil appartenant à cet ensemble avec celui apparaissant sur un tableau de Louis-Michel van Loo de 1767 (vente à Paris, étude Marc Ferri, le 9 décembre 1997, lot 18) représentant Louise-Honorine Crozat du Chatel, duchesse de Choiseul et son fils adoptif. Un examen attentif de la partie haute du dossier du fauteuil sur le tableau évoque la même feuillure de châssis polylobée, ainsi que le même décor sculpté. En outre, la manière dont les puissantes moulures se terminent, en léger enroulement, accentué par les feuilles d'acanthe qui les surmontent, sont typiques de la manière de Nicolas Heurtaut.

Michel van Loo, La duchesse de Choiseul et son fils adoptif en 1767.
Bien que l’hypothèse ne puisse être confirmée en l’état actuel des connaissances et par l’étude des inventaires trop imprécis, il est intéressant de rapprocher ce mobilier avec une possible provenance Crozat puis Choiseul, entre son mariage (1750), sa nomination comme Ministre des Affaires Etrangères en 1758 jusqu’à moment de sa disgrâce en 1770, où il quitte Paris pour Chanteloup et met à l’encan une partie de sa collection de tableaux et du mobilier (voir P-F. Dayot, dans “ A public view of a private space : the bedroom of the duc de Choiseul in Paris” in Waddesdon Miscellana, vol. I, 2009). L'auteur précise que certains meubles ont été achetés par le garde-meuble de la Couronne et pour Louis XV dans des ventes aux enchères dont les catalogues n’ont pas été publiés.
Cette piste Crozat / Choiseul tend à conforter l’acquisition d’un meuble spectaculaire vers 1755, par les grands amateurs du moment et une réapparition une quinzaine d’années plus tard chez une maîtresse de Louis XV dans un château néoclassique en Normandie où le mariage des styles était plus communément admis que dans les salons de Paris.
La comtesse de Séran et le château de La Tour
Marie-Marguerite-Adélaïde de Bullioud, comtesse de Séran fut la maîtresse du roi Louis XV après la disparition de la marquise de Pompadour. L’essayiste Marmontel relate dans ses Mémoires ses visites régulières au roi dans ses petits appartements. La tradition, reprise dans l’édition de 1962 Salverte fait état de ce mobilier qui aurait été offert par le roi Louis XV à madame de Séran. Appartenant au cercle de Madame Filleul et du marquis de Marigny, le frère de madame de Pompadour, elle aspirait à rejoindre l’entourage de la duchesse de Chartres pour finalement rejoindre celui de Mesdames comme Maîtresse des Robes, rôle qu’elle poursuivit après la mort de Louis XV en servant Madame Elisabeth, sœur de Louis XVI. Elle se partageait entre Versailles et le château de La Tour en Normandie, de style néoclassique qui avait été érigé entre 1769 et 1775 par son mari, le comte Louis François Anne de Séran où se trouvait ce remarquable ensemble.

L. C. Carmontel, La comtesse de Séran de La Tour
le dossier et l'assise en forme de coeur, à fond de canne ; les supports d'accotoir en coup de fouet, la ceinture centrée d'une agrafe feuillagée, les pieds cambrés et nervurés ; les manchettes d'accotoir recouvertes de tapisserie (usures). Haut. 84 cm, larg. 51 cm - Height 33 in; width 20 in
Ce flambeau témoigne d’une collaboration exceptionnelle entre l’un des bronziers les plus talentueux du XVIIIe siècle et un des marchands-merciers les plus renommés. Ainsi, François Rémond assemble avec génie le bronze doré et la porcelaine importée d’Extrême-Orient avant de la confier à Dominique Daguerre pour sa commercialisation.

Flambeau en porcelaine de Chine, bleu turquoise d’époque Kangxi (1622-1722) et monture de bronze doré d’époque Louis XVI, vers 1785 (lot 276, estimation : 50.000 – 80.000 €). Photo: Sotheby's.
en forme de chien de Fô avec un bras de lumière finement ciselé et doré à deux tons sortant du dos de l'animal d'un pétale en corolle avec une bobèche en gerbe d'acanthe ; reposant sur un socle supporté par quatre griffons à queue en arabesque et un contre-socle à côtés cintrés et petits pieds toupies. Haut. 29,5 cm, larg. 13,5 cm, prof. 11 cm - Height 11 2/3 in; width 5 1/4 in; depth 4 1/3 in.
Provenance: - Vendu par le bronzier François Rémond au marchand-mercier Dominique Daguerre en janvier 1786
- Collection privée parisienne
Littéature: C. Baulez, Versailles, deux siècles d’histoire de l’art, « Les bronziers Gouthière, Thomire et Rémond », Paris, 2007, p. 403 et suiv.
Cette Vierge à l’Enfant, sculptée en pierre blanche, s’inscrit tout à fait dans le canon des œuvres lorraines de cette période. Le déhanchement du corps, le traitement des boucles de la chevelure encadrant le visage attestent d’un raffinement et d’une grande délicatesse.

Vierge à l’Enfant en pierre calcaire, deuxième quart du XIVe siècle, Lorraine, (lot 22, estimation : 35.000 – 50.000 €). Photo: Sotheby's.
en pierre calcaire. 102 x 45 x 23 cm; 40 1/4 x 17 3/5 x 9 in.
Littérature: R. Melcher, Lothringische Skulptur des 14. Jahrhunderts, cat. exp. Saarbrücken, 2006, p. 60, n° 10; D. Gaborit-Chopin, L'Art au temps des Rois maudits. Philippe Le Bel et ses fils 1285-1328, cat. exp. Grand Palais, Paris, 1998, pp. 122-123, n° 69.
Elève de Michel Van de Voort, Walter Pompe devient l’un des plus grands représentants du baroque tardif anversois. L’élégance des silhouettes, la grâce des postures et l’ampleur aérienne des plis souples font de ces deux allégories féminines en bois doré des exemples parfaits de l’œuvre du sculpteur belge.

Paire d’allégories féminines, vers 1766, Walter Pompe (1703-1777), (lot 271, estimation : 35.000 – 50.000 €). Photo: Sotheby's.
Quantity: 2 - signé W. POMPE F - en bois doré ; sur des socles en bois peint et doré. Haut. (totale) 160 cm; height (overall) 63 in.
Provenance: Réputé provenir du Château d'Alost (Kasteel van Aalst), Gelderland, Belgique ; collection privée européenne.
Littérature: Walter Pompe, Beeldhouwser 1703-1777, cat. exp. Museum voor Religieuze Kunst, Uden, 1979, pp. 76, 77, 81, 110, 116, n° 12 et 47.

Tête de Louis XVI, en marbre blanc, attribué à Simon-Louis Boizot (1743 – 1809), vers 1785, France, (lot 275, estimation : 40.000 – 60.000 €). Photo: Sotheby's.
en marbre blanc ; sur un socle carré en pierre moderne. Haut. (marbre) 25 cm; height (marble) 9 3/4 in.
Provenance: Probablement commandé par M. de Vergennes en 1784 pour le Département des Affaires étrangères (formant pendant au buste de Marie-Antoinette de 1781) ; au Département des Affaires étrangère jusqu'en 1785 ; disparu depuis lors.
Exposition: Probablement Salon de 1785, n° 232.
Littérature: S. Hoog, Les Sculptures du musée national du château de Versailles, Paris, 1993, p. 246, n° 1116 ; G. Scherf (dir.), Louis-Simon Boizot 1743-1809. Sculpteur du roi et directeur de l’atelier de sculpture à la Manufacture de Sèvres, cat. exp. musée Lambinet, Versailles, 2001, pp. 88-90 et 98-99.
Note: En 1781, Monsieur de Vergennes commande un buste de Louis XVI à Simon-Louis Boizot, pour faire pendant au buste de Marie-Antoinette datant de 1781 appartenant au département des Affaires Etrangères. Véritable redécouverte, cette effigie en marbre de Louis XVI en est certainement le dernier élément miraculeusement préservé.








