Canalblog Tous les blogs Top blogs Mode, Art & Design Tous les blogs Mode, Art & Design
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Alain.R.Truong
Publicité
Alain.R.Truong
Publicité
Visiteurs
Depuis la création 51 909 642
Publicité
Archives
Newsletter
Alain.R.Truong
Publicité
18 septembre 2025

Mécaniques d'art au Louvre

 

PARIS - Dans le domaine des objets d'art, les arts mécaniques restent à la fois une source d'émerveillement infini, pour ce qu'ils disent de l'intelligence et de la maîtrise de tant d'horlogers et artisans du passé, et cependant un pan encore méconnu des collections du musée du Louvre. Ils sont mis à l'honneur cet automne par le musée à travers une sélection unique d'œuvres emblématiques retraçant les aspirations humaines à saisir et mesurer le Temps, de l'Antiquité jusqu'à nos jours.
Des fragments d'une horloge à eau égyptienne de l'époque ptolémaïque à la célèbre pendule dite de « la Création du Monde », horloge astronomique présentée au roi Louis XV en 1754, en passant par un fragment d'automate en forme de paon, une œuvre cordouane du Xe siècle, chef-d'œuvre des collections des arts de l'Islam au Louvre, ou encore une montre sphérique – le plus ancien exemple signé conservé en France –, signée et datée de Jacques de La Garde en 1551, ces œuvres témoignent de l'excellence des arts mécaniques, conjuguant art horloger, arts décoratifs et art automatier.
Pour illustrer l'excellence des métiers d'art dans le domaine de la haute horlogerie contemporaine, ils sont accompagnés d'un prêt exceptionnel de la Maison Vacheron Constantin.

 

La Maison suisse renouvelle ici la tradition horlogère avec une création originale intitulée La Quête du Temps, une horloge-automate conçue à l'occasion de son 270e anniversaire, intégrant pour la première fois un automate pensé comme l'une des vingt-trois complications qui la composent. Ce dernier participe pleinement à son usage puisqu'il indique l'heure. Incarnant un astronome inspiré de modèles anciens, nourri de l'esthétique humaniste de la Renaissance et des sciences européennes des XVIIe et XVIIIe siècles, cet automate est régi par 144 gestes et mouvements différents qui, au-delà du temps précisé, donnent à voir les phénomènes cosmiques et astronomiques, à la fois exacts et artistiques.

Autour de l'automate imaginé par les artisans de cette maison séculaire, qui, après avoir soutenu en 2015 la restauration de la pendule de « la Création du Monde », a créé depuis 2019 un compagnonnage inédit avec les ateliers d'art du musée du Louvre à l'occasion d'échanges de savoir-faire et dans le cadre de l'exposition biennale Homo Faber à Venise. Les pièces historiques présentées racontent cette tradition ancienne, si ce n'est immémoriale, des arts mécaniques, née de la passion pour les complexités techniques et les machines plus ou moins scientifiques, jamais exempte d'une recherche esthétique et artistique. Evocation des grands automates cordouans, souvenir des horloges armillaires ou des cadrans polyédriques du XVIIe siècle… Ces métiers d'art s'inscrivent dans une généalogie d'époques et de civilisations, souvent les plus diverses, dont le musée présente au fil de ses salles les exemples les plus remarquables, toutes mues par le désir de maîtriser le temps.

 

Aile richelieu, salle 602 - 17 septembre - 12 novembre 2025

Publicité

Pendule dite de « la Création du Monde », Claude Siméon Passemant (1702-1769), Jean-Baptiste Lepaute (1727- 1802), Jean-Joseph Lepaute (1770-1786), Paris, 1754. Bois, fer, alliage cuivreux patiné, argenté et doré cuivre doré, verre. Dépôt du musée National des châteaux de Versailles et de Trianon, 2011. © GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / Thierry Ollivier.
 

La pendule représente le moment de séparation des éléments primordiaux aux premiers temps de la création du monde : la terre est figurée par du bronze patiné, l'eau et l'air par du bronze argenté et le feu par du bronze doré. Un globe terrestre représente la surface de la planète telle qu'elle était connue au milieu du 18e siècle.
Une série de mécanismes actionne les différentes parties de l'horloge. La Terre pivote sur son axe en fonction des saisons et effectue sa rotation journalière. Au-dessus d'elle, un planétaire indique le mouvement des astres du système solaire et un petit globe marque les phases de la Lune. Au sommet, le cadran horaire est placé dans des rayons dont le plus bas indique l'heure où le soleil est à son zénith.

Globe terrestre monté sur une figure du titan Atlas, Giuseppe de Rossi (actif au début du 17e siècle), Milan, 1615 (fuseaux) et 19e siècle (figure d'Atlas). Alliage cuivreux patiné et doré, papier. © GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / Adrien Didierjean
 

La représentation du globe reprend celle publiée par Jodocus Hondius, graveur et cartographe flamand, en 1601. Les terres encore non explorées sont laissées vierges d'information. Seule la côte nord de la Nouvelle Guinée est figurée et le pôle sud porte la mention « TERRA AUSTRALIS INCOGNITA » (terre australe inconnue).

Sphère armillaire sur une figure d'Atlas, 19e siècle (?). Alliage cuivreux © GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / Adrien Didierjean
 

Dans la mythologie grecque, Atlas est l'un des Titans qui combat Zeus, futur roi des dieux. Après sa défaite, il est condamné à porter la Terre sur ses puissantes épaules jusqu'à la fin des Temps.
Il soutient ici une sphère armillaire, instrument composé de cercles emboîtés qui permet de représenter certains mouvements des astres. Elle représente les cercles remarquables de la sphère céleste (horizon, méridien, équateur…).

Publicité

Horloge de table surmontée d'une sphère armillaire, Pierre de Noytolon, Lyon, début du 17e siècle. Laiton, acier et argent. © GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / Daniel Arnaudet
 

Les cadrans sur la base triangulaire indiquent les mois, les signes astrologiques, l'âge et les phases de la lune, et l'heure en chiffres romains. En partie supérieure, la sphère mobile, représente les cercles remarquables du globe terrestre :  les cercles méridien, arctique et antarctique, l'écliptique, les tropiques du Cancer et du Capricorne, l'équateur et le cercle du zodiaque.

Montre de carrosse aux armes du cardinal de Richelieu, François de Hecq (actif au 17e siècle), Orléans, vers 1640. Argent gravé et repercé, laiton doré. © GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / Jean-Gilles Berizzi
 

Objet luxueux au 17e siècle, ce type de montre est conçu pour les voyages en carrosses, dans lesquels elles sont suspendues. L'importance de son commanditaire, le cardinal de Richelieu (1585-1642), principal ministre du roi Louis XIII, la rend particulièrement précieuse. Son boîtier raffiné mêle des motifs végétaux gravés et travaillés avec la technique du repercé, deux puttis (angelots) et les armes du cardinal en partie basse.

Montre en forme de tête de mort ou Memento Mori, Jean Rousseau (1606-1684), Genève, milieu du 17e siècle. Argent et laiton doré. GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / Martine Beck-Coppola
 

La forme de cette montre, en vogue au 17e siècle, symbolise la fuite du temps menant à la mort. Le crâne forme la cuvette du boîtier et la mâchoire inférieure, articulée par une charnière, sert de couvercle au cadran. Le décor gravé représente Adam et Ève et la Résurrection du Christ, entourés de sentences tirées des épîtres de saint Paul. L'arrière du crâne est repercé et gravé de rinceaux fleuris.

Montre sphérique, Jacques de La Garde, Blois, 1551. Laiton doré et fer. © GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / Daniel Arnaudet
 

Cette œuvre est à ce jour considérée comme la plus ancienne montre française datée et signée, conservée en collection publique. Son boîtier est composé de deux hémisphères, la moitié supérieure étant en partie ajourée et gravée de motifs de croissants, de volutes et de mascarons (masques). La partie inférieure est pleine et gravée d'entrelacs, d'arabesques et de feuillages sur un fond strié.

Publicité

Horloge de table en forme de tour carrée, Artiste anonyme. Allemagne, fin du 16e siècle. Laiton, bronze et argent. © GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / Daniel Arnaudet
 

Cette horloge présente les armes des Farnèse, puissante famille italienne. L'œuvre porte un important décor ciselé de satyres, créatures mythologiques qui alternent avec des monstres. La face du cadran et le socle sont gravés de feuillages et de volutes. Sur la face postérieure est représentée l'allégorie de la Justice. Le dôme orné d'écailles de poisson est surmonté d'une figure du dieu romain Neptune tenant un dauphin.

Cadran polyédrique, Pierre Sevin (actif de 1662 à 1685), Paris, 1662. Alliage cuivreux, argent, verre, acier bleui. © GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / Jean-Gilles Berizzi


Cet instrument spectaculaire a fait partie de la collection de la cousine du roi Louis XIV, Anne-Marie-Louise d'Orléans (1627-1693), dite « la Grande Mademoiselle ». Il se compose de cinq cadrans répartis sur ses différentes faces, qui tous donnent la même heure lorsqu'ils sont correctement orientés.

Élément d'horloge automate en forme de paon, Cordoue (?), 962 ou 972. Laiton, décor venu de fonte, dorure. © GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / Mathieu Rabeau


Cette sculpture de métal a probablement été produite à la cour des souverains andalous de Cordoue au 10e siècle, par un savant chrétien qui y œuvrait. Elle devait faire partie d'une horloge complexe, de grandes dimensions : il est possible que le paon crachait de petites billes au passage de chaque heure. Ce type d'instrument est connu depuis la période hellénistique (323-31 av. J.-C.), durant laquelle se développe la connaissance des procédés mécaniques. Leur technologie a, par la suite, été transmise aux savants du monde islamique. A Cordoue, ces dispositifs servaient à éblouir les visiteurs et à démontrer les capacités extraordinaires des souverains, bienfaiteurs donnant vie à la matière inerte et maîtres du temps.

Fragment d'une horloge à eau (clepsydre), Égypte, époque ptolémaïque (332 /30 av. J.-C). Granodiorite. © GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / Christian Décamps
 

Ce fragment appartient à un type d'horloge inventé au début du Nouvel Empire (vers 1530 av. J.-C) et utilisé jusqu'au milieu de l'époque ptolémaïque (vers 200 av. J.-C.) dont la précision est estimée à 15 minutes. L'horloge consiste en un récipient évasé rempli d'eau avec à sa base un orifice permettant un écoulement goutte à goutte. La paroi extérieure est décorée d'une représentation astronomique et religieuse du ciel nocturne. Sur le rebord de la vasque sont gravés les noms des douze mois de l'année. La paroi intérieure porte des marques circulaires servant à mesurer les douze heures de la nuit. La longueur de ces dernières variant entre les équinoxes et les solstices, la hauteur des bandes change selon le mois en cours.

La Quête du Temps, 2025. Horloge-automate, Maison Vacheron Constantin. © Alain Costa / Vacheron Constantin.
 

Cette création originale inscrite dans la tradition horlogère, intégre pour la première fois un automate pensé comme l'une des vingt-trois complications qui la composent. Ce dernier participe pleinement à son usage puisqu'il indique l'heure. Inspiré de modèles anciens, nourri de l'esthétique humaniste de la Renaissance et des sciences européennes des XVIIe et XVIIIe siècles, cet automate est régi par 144 gestes et mouvements différents qui, au-delà du temps précisé, donnent à voir les phénomènes cosmiques et astronomiques, à la fois exacts et artistiques.

Commentaires
Publicité